Les retombées économiques locales d’une éventuelle base navale dans l’Est-du-Québec pourraient servir de levier politique, croit un expert en sécurité nationale. Celles-ci pourraient se traduire par un meilleur soutien des Québécois au gouvernement fédéral, notamment au chapitre des investissements en défense et en énergie.
Dans une entrevue accordée au Devoir, le plus haut gradé de la Marine royale canadienne, le vice-amiral Angus Topshee, affirme que l’implantation d’une base navale dans le golfe du Saint-Laurent pourrait stimuler l’embauche de recrues francophones. Il a nommé Rimouski, Baie-Comeau et le Nouveau-Brunswick comme sites stratégiques potentiels.
Professeur au Collège militaire royal du Canada, Christian Leuprecht ajoute qu’une base navale militaire dans ces zones clés pourrait aussi réduire l’aliénation des régions francophones envers Ottawa.
Il faut considérer que les Québécois francophones sont les plus sceptiques envers les investissements en défense
, a-t-il fait valoir en entrevue à l’émission Côte à Côte. Ce serait une façon d’améliorer les rapports civils-militaires.
Il a ajouté que les Québécois se montreraient sans doute plus enclins à accepter des projets d’exploitation du gaz naturel liquéfié (GNL), comme celui qui pourrait voir le jour à Baie-Comeau, s’ils ressentaient les bénéfices économiques d’une nouvelle base navale dans leur communauté. Ce sont des considérations que les pouvoirs politiques doivent prendre en compte
, a-t-il laissé tomber.
Avantages stratégiques
Outre la dimension politique, Christian Leuprecht insiste sur les bénéfices militaires qu’entraînerait l’établissement d’une base navale dans le Saint-Laurent. Une présence navale sur le fleuve sécuriserait le port de Montréal, le plus grand de la côte est du pays.
Il est indispensable, à l’ère volatile dans laquelle on vit, d’avoir les capacités de bien défendre notre géographie.Une citation deChristian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada
Une base navale supplémentaire au Québec offrirait plus d’espace pour accueillir des navires militaires et faciliterait l’accès à cette importante voie maritime, ajoute-t-il.
Un intérêt clair
En réaction à l’entrevue du vice-amiral Angus Topshee, le maire de Rimouski, Guy Caron, a dit ne pas avoir été approché par la Marine canadienne royale à propos d’une base navale dans sa ville.
Il a cependant noté que Rimouski se trouve à un emplacement stratégique pour accueillir une telle infrastructure, citant sa position dans l’estuaire et sa proximité avec la Côte-Nord comme des avantages potentiels.
À Baie-Comeau, le maire Michel Desbiens a évoqué son port en eau profonde et la capacité de sa ville à accueillir de nouveaux projets.
On a de la place pour créer de nouveaux logements. Nos écoles peuvent en prendre plus, le réseau de la santé peut en prendre plus. On a déjà été une ville de 28 000 habitants. Des projets à Baie-Comeau, on en veut.Une citation deMichel Desbiens, maire de Baie-Comeau
De son côté, Daniel Côté, le maire de Gaspé, croit lui aussi que sa baie serait la mieux placée pour accueillir une base navale, rappelant qu’elle a déjà été l’hôte d’une telle infrastructure au cours du 20e siècle.
Gaspé a tout pour accueillir une base navale d’importance. […] S’il doit y avoir un port stratégique collé sur l’Atlantique au cœur du golfe du Saint-Laurent, c’est bien le port de Gaspé
, a suggéré le maire.
Article de Lucas Sanniti, Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2227906/base-navale-baie-comeau-rimouski