Transformer les pratiques pour décarboner l’industrie

La marche vers la carboneutralité dans l’industrie minière avance et des projets bien concrets se réalisent dans différentes entreprises au Québec. Si plusieurs sont à l’étape de la recherche et développement, d’autres sont appliqués à grande échelle. Survol.

C’est à Port-Cartier, une ville de 6500 habitants de la Côte-Nord, que se déroule le plus grand projet industriel de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec. En construction depuis octobre, l’usine de flottation d’ArcelorMittal permettra de produire annuellement jusqu’à 10 millions de tonnes de boulettes d’oxyde de fer à réduction directe. Appuyé par le gouvernement québécois à la hauteur de 50 millions, le projet représente un investissement total de plus de 200 millions.

« C’est l’équivalent de retirer plus de 57 600 véhicules sur les routes », affirme Hugo Villeneuve, vice-président, projets spéciaux, d’ArcelorMittal.

Cette réduction est due au fait que ces boulettes à haute pureté, produites avec le fer de la fosse du Labrador, ont besoin de moins d’additifs, de mazout et de charbon grâce au nouveau système de flottation.

« De plus, ajoute-t-il, ces boulettes seront utilisées par nos clients dans des fours à arc électrique, une technologie de production d’acier à plus faible empreinte carbone. »

Avec cet investissement, ArcelorMittal se positionne pour l’avenir.

Avec l’incertitude mondiale actuelle, il y a un ralentissement pour les boulettes à réduction directe, mais le marché est appelé à doubler d’ici 2050 pour atteindre les objectifs de réduction de GES.

 Hugo Villeneuve, vice-président, projets spéciaux, d’ArcelorMittal

« Et il y a très peu d’offre, parce que le fer à haute pureté ne représente qu’environ 4 % de la production mondiale de minerai de fer. »

Projets en électrification

Plusieurs sociétés minières ont aussi des projets en électrification.

« Eldorado Gold, par exemple, a des camions électriques dans sa mine souterraine, de l’équipement roulant et même des pelles mécaniques électriques, en plus de ses parcs de véhicules pour déplacer les gens », indique Emmanuelle Toussaint, PDG de l’Association minière du Québec (AMQ).

Elle souligne que plusieurs membres de l’AMQ ont des projets semblables. « Mais l’enjeu est qu’ils aient accès aux mégawatts nécessaires. Nous discutons de ce sujet avec Hydro-Québec. »

Codéposition des rejets miniers

Beaucoup de travail se fait aussi pour réduire l’impact environnemental des rejets miniers. Par exemple, Carlos Ovalle, professeur de Polytechnique Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en mines et environnement, travaille sur un projet au complexe minier Canadian Malartic d’Agnico Eagle, l’un des plus grands sites d’exploitation d’or au monde.

La fosse de la mine à ciel ouvert qui a cessé ses activités en 2023 est maintenant utilisée pour le dépôt des résidus des mines voisines Barnat et Odyssey afin d’éviter de créer un parc de résidus. On parle de gros volume : il faut gérer près de 200 000 tonnes de rejets par jour. Traditionnellement, les sociétés minières séparent les deux types de rejets, soit les roches stériles excavées pour accéder aux minéraux et les résidus obtenus par le procédé d’extraction. Or, l’équipe de Carlos Ovalle mise sur la codéposition.

Les roches stériles ont une bonne résistance mécanique, alors que les résidus, semblables à de la boue, ont une faible conductivité hydraulique. En les mettant ensemble, les roches apportent de la résistance et on peut facilement saturer le mélange en eau pour éviter le drainage acide.

 Carlos Ovalle, professeur de Polytechnique Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en mines et environnement

L’équipe de recherche étudie les interactions créées par la codéposition de même que l’efficacité du système de drainage, parce que l’eau qui sort est récupérée et réutilisée dans l’usine.

L’avantage de ce site pour faire cette étude à grande échelle est qu’il n’y a pas de risque de rupture ou d’écoulement à l’extérieur de la fosse.

« Nous pourrons proposer des recommandations pour des ouvrages de codéposition qui pourraient être construits ailleurs que dans des fosses, précise Carlos Ovalle. Il faut montrer qu’on peut construire des structures de codéposition stables afin que les autorités les intègrent dans la réglementation. »

Réduire les délais

Alors que les sociétés minières avancent sur le chemin de la décarbonation, l’AMQ s’inquiète des délais actuels au Québec pour autoriser un projet, alors que le président américain a signé un décret le 20 mars pour accélérer le processus. Quelques jours plus tard, l’Union européenne dévoilait 47 projets pour exploiter ses terres rares et minéraux stratégiques avec des procédures d’autorisation simplifiées réalisées en maximum 27 mois. Puis, le 17 avril, c’était au tour du gouvernement ontarien de déposer un projet de loi pour réduire d’au moins 50 % le temps d’évaluation des permis par le gouvernement pour les minéraux critiques et stratégiques, ainsi que l’or.

« Il y a urgence d’agir, affirme Emmanuelle Toussaint. Cela ne signifie pas qu’on souhaite un assouplissement des lois, mais actuellement, ça prend entre 10 et 15 ans entre la découverte d’un gisement et l’ouverture officielle de la mine. Il faut une meilleure efficacité administrative. Puisque plusieurs ministères sont impliqués, la création d’un guichet unique serait souhaitable. Il faut regarder ce qu’il se passe à l’international. »

En savoir plus

  • 200 000Nombre de tonnes de CO2 par an qu’on émettra en moins à l’usine de Port-Cartier d’ArcelorMittal grâce au changement de procédé

Article de Martine Letarte, La Presse, Industrie minière | Transformer les pratiques pour décarboner l’industrie | La Presse

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.

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