Terminal de conteneurs à Beauport : le projet de QSL névralgique, selon une étude

La Chambre de commerce maritime (CCM) fait pression sur le fédéral afin qu’il autorise des services de dédouanement de conteneurs internationaux dans six ports canadiens, dont Québec, où QSL souhaite aménager un terminal dans le secteur de la baie de Beauport.

Selon une étude parue mercredi, le secteur privé du Québec et de l’Ontario pourrait aller chercher annuellement jusqu’à 130 millions $ en revenus supplémentaires et générer jusqu’à 80 millions $ en revenus fiscaux pour les gouvernements si Ottawa multipliait ses portes d’entrée pour les marchandises en provenance de l’étranger.

Actuellement, seuls cinq terminaux portuaires peuvent accueillir des conteneurs internationaux au Canada, soit Halifax, Saint-Jean (N.-B.), Montréal, Prince Rupert et Vancouver. Cette situation crée des défis dans la chaîne d’approvisionnement canadienne, selon la CCM, qui craint que les ports américains n’accaparent les marchandises disponibles si le Canada ne développe pas davantage ses propres chaînes logistiques.

Menée par la firme Aviseo Conseil, l’étude commandée par la CCM évalue donc le potentiel économique si les ports de Québec, Valleyfield, Hamilton, Windsor, Picton et Goderich étaient autorisés à mener de telles activités.

La Chambre de commerce maritime est une association binationale à but non lucratif du secteur privé, qui représente les intervenants de l’industrie maritime dans le corridor du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Le Port de Québec y est représenté par son vice-président au développement des affaires, Patrick Robitaille.

Québec, solution névralgique

L’étude d’Aviseo Conseil s’attarde longuement au projet de terminal de conteneurs de l’entreprise QSL dans la baie de Beauport, à Québec.

Ce projet, annoncé en juillet 2024, fait justement l’objet d’une demande d’autorisation auprès de l’Agence des services frontaliers du Canada depuis novembre 2023. Son traitement n’est toujours pas terminé malgré les a priori favorables du ministre libéral Joël Lightbound et du gouvernement de Mark Carney.

Si la certification est donnée pour le dédouanement, QSL déposera un avis de projet du Port de Québec afin de réaménager ses terrains et de lancer les activités. À terme, cette entreprise veut transborder 200 000 conteneurs par année à même ses installations actuelles en eau profonde, moyennant des modifications aux grues-portiques déjà utilisées pour le transbordement de vrac.

Si le projet va de l’avant, Aviseo Conseil anticipe des revenus supplémentaires aux entreprises de 59 millions $ par année, dont 64,6 % proviendraient des importations et 35,4 % des exportations. Sur les six ports évalués, il s’agit de loin des retombées les plus importantes, le second étant Windsor (25,9 millions $).

On envisage également une augmentation de la compétitivité ainsi qu’une réduction des coûts de transport et de manutention dans l’ensemble de la chaîne logistique du corridor Saint-Laurent–Grands Lacs.

Synergie avec Montréal

Le projet de Québec est d’autant plus important, selon Aviseo et la CCM, qu’il accroîtra la capacité de chargement des navires en provenance ou à destination de l’étranger dans le Saint-Laurent.

Grâce à la profondeur de 15 mètres et aux infrastructures existantes au port de Québec, QSL souhaite optimiser la capacité de chargement des navires porte-conteneurs en direction et en provenance du port de Montréal, peut-on lire dans le rapport.

Le port de Montréal est actuellement le seul point d’entrée pour les conteneurs internationaux sur le fleuve Saint-Laurent, note l’étude. Or, le tirant d’eau maximal de 11,3 mètres y limite l’accès de nombreux navires porte-conteneurs pleinement chargés. Ces navires doivent donc naviguer sous leur pleine capacité pour atteindre le port.

QSL pourrait offrir une solution à ce problème en permettant le chargement et le déchargement de conteneurs à Québec afin de maximiser les importations et les exportations.

Par exemple, un porte-conteneurs international standard à destination de Montréal pourrait embarquer en moyenne 960 conteneurs supplémentaires, ce qui représente une augmentation de 33 % par rapport à la capacité actuelle, estime-t-on.

Cette approche ouvre plusieurs leviers pour améliorer la productivité des chaînes de valeur québécoises et canadiennes en permettant une redistribution plus efficace des conteneurs sur des navires plus chargés.Une citation deExtrait du rapport d’Aviseo Conseil

La CCM envisage aussi une réduction du temps à quai pour les navires si le projet de QSL est mis en œuvre.

Puisqu’une proportion de seulement 25 % de la cargaison est déchargée à Québec, les opérations de manutention sont plus rapides que si l’ensemble de ces conteneurs devaient être traités à Montréal, conclut le rapport. Cette optimisation réduit le coût unitaire de transport pour tous les conteneurs du navire et non pas uniquement pour ceux débarqués à Québec.

L’est du Canada en perte de terrain

Toujours selon l’étude d’Aviseo Conseil, le Canada enregistre les pires résultats des pays du G7 pour le temps passé au port des navires porte-conteneurs. Le Canada fait ainsi pâle figure quant aux débits des ports de conteneurs en Amérique du Nord.

Le temps d’escale toujours élevé au Canada correspond à la baisse de son débit conteneurisé, ce qui suggère un goulot d’étranglement systémique où les ports sont non seulement plus lents mais aussi moins capables de gérer la croissance du volume, poursuit le rapport.

Le décalage entre la croissance mondiale du débit des ports à conteneurs (+7 %) et la baisse du débit au Canada (-13 %) entre 2019 et 2023 suggère que les ports canadiens ne parviennent pas à absorber l’augmentation des volumes commerciaux.Un graphique indique une hausse des volumes et des parts de marché des ports américains par rapport aux ports canadiens sur la côte est.Ouvrir en mode plein écran

Le Canada et ses ports de la côte est sont en perte de vitesse.

Photo : Aviseo Conseil

Les ports de l’est du pays sont d’ailleurs en perte de vitesse. Le Saint-Laurent perd du terrain dans les flux de conteneurs nord-américains, prévient la CCM.

Si cette tendance se maintient, les ports de l’est du Canada risquent d’être progressivement écartés des réseaux mondiaux de transport maritime, ce qui réduirait leur impact économique, compromettrait leur rôle de portes d’entrée commerciales nationales et détournerait les flux logistiques vers les ports américains, craint l’industrie.

Une étude saluée par QSL

Le promoteur QSL a salué mercredi l’initiative de la CCM.

Nous saluons l’initiative de la Chambre de commerce maritime, qui vient renforcer un consensus de plus en plus clair : l’ajout de services de dédouanement de conteneurs au Canada — et particulièrement à Québec — est la solution la plus rapide et la plus efficace pour soutenir notre économie, a déclaré par écrit le président et chef de la direction, Robert Bellisle.

Le corridor maritime du Saint-Laurent et des Grands Lacs représente la troisième économie mondiale. Dans ce contexte, investir dans nos infrastructures portuaires n’est pas une option, c’est une nécessité.

L’entreprise a préféré ne pas commenter les négociations qu’elle mène actuellement avec l’Agence des services frontaliers du Canada.

Le bureau du ministre canadien de l’Approvisionnement, Joël Lightbound, dit suivre de près le dossier. L’étude de la Chambre de commerce maritime est une bonne nouvelle pour le Port de Québec et la région, remarque son cabinet dans une déclaration écrite.

Il confirme que QSL est en contact avec l’Agence des services frontaliers du Canada et Transports Canada concernant le terminal de conteneursLes discussions s’accélèrent et les démarches se poursuivent, souligne-t-il.

Article David Rémillard, Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2201362/port-douane-quebec-conteneur

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.