Au cours des dernières années, j’ai été un témoin privilégié de cette traversée que mène le Port de Sept-Îles depuis déjà 25 ans. Et je ne parle pas ici d’une traversée du désert, même si le port a parfois subi les contrecoups d’une économie aux humeurs capricieuses.
On peut penser à 2015, où le ralentissement économique frappait de plein fouet et ébranlait les colonnes du temple. Ce qui fait la force d’une organisation, c’est sa capacité à maintenir le cap, malgré les avaries. Il y a derrière ça une résilience certes, mais surtout une vision de cette côte qu’il faut atteindre, sans quoi chaque coup de rame prend des allures de coup d’épée dans l’eau.
Mais il y a aussi un gouvernail qu’il faut habillement manœuvrer.
Le 21 mai dernier, je participais à l’assemblée générale annuelle du Port de Sept-Îles, témoin de cette fierté contagieuse qu’est devenu au fil du temps, cette organisation. Le navire est devenu un phare, un repère, une valeur sûre, pour de nombreuses embarcations qui en empruntent le sillon.
S’il est un temps pour les questionnements vient celui de la reconnaissance où il faut simplement savoir prendre acte de ce chemin parcouru et de l’impact incontestable du Port de Sept-Îles sur notre communauté. Le mot qui me vient à l’esprit est « catalyseur ». Il fait référence à l’accélération de la réaction. L’ingrédient qui fait la différence et provoque le mouvement.
Le quai de la relance et plus récemment le quai multiusager sont sans contredit deux accélérateurs qui ont forcé une accélération et mis en place les conditions gagnantes pour un développement structuré et ambitieux. Il y avait derrière tout ça une vision et beaucoup d’huile de bras, car il ne suffit pas d’y croire, il faut convaincre. La récente histoire confirme la justesse de cette vision. La démocratisation des installations de la Pointe-Noire est bien sûr un élément clé d’une stratégie de développement qui ouvre la porte aux opportunités, mais celle-ci est la suite logique des efforts déployés depuis toutes ces années pour faire de Sept-Îles un port stratégique et incontournable.
Positionner avantageusement nos installations portuaires, au point d’en faire le deuxième port au Canada pour ses expéditions n’a rien de banal et mérite toute notre considération, car les retombées dépassent largement nos frontières.
Bravo aux administrateurs qui se sont succédé, pour cette vision et cette détermination dont il fallait faire preuve.
Mais un bravo particulier pour ce capitaine, qui depuis le début de la traversée, a fait le lien entre tous ces équipages et le poste de commande, celui qui a ramené la barre à de nombreuses occasions et qui a su garder le cap, malgré les forts vents de face. Pierre D. Gagnon, directeur général de cette organisation qu’il a énormément contribué à faire connaître et rayonner, a annoncé qu’il participait sans doute à sa dernière assemblée annuelle à titre de DG. Une retraite qui, n’en doutons pas, sera pleinement méritée. Pierre est à mon avis un des principaux architectes de cette fierté bâtie pièce par pièce lorsqu’il est question de l’institution qu’est devenu le Port de Sept-Îles. J’ai été témoin d’un dévouement hors du commun pour une organisation qu’il représentait fièrement, intelligemment, mais surtout, humainement. Car s’il est indéniable que le Port de Sept-Îles a transformé significativement le paysage économique de Sept-Îles, son empreinte sociale et communautaire n’est pas en reste, bien au contraire. Et nul doute à mon esprit que Pierre D. Gagnon avait beaucoup à voir avec cette approche humaine et responsable.
J’ai vu un homme ému prendre la parole mercredi dernier, qui sans doute repassait dans sa tête le film de cette traversée qui aura durée 25 ans… minimum ! Il aura terminé ce discours sur une note qui lui ressemble, en reconnaissant l’apport exceptionnel de Jean-Guy Gougeon, un autre homme dédié celui-là au journalisme et à l’histoire de notre coin de pays.
Les ambitions des développeurs étaient palpables à la sortie de cette rencontre, alors que l’équipe du Port laissait entrevoir de belles perspectives. Je lance un appel à nos élus ; il faut que cette ambition soit le reflet d’une ambition, voire d’une vision beaucoup plus large. Tout ça doit être porté par une stratégie qui ne vise pas uniquement de tripler le volume de nos expéditions, mais assurer tout le développement socioéconomique, qui nécessairement, doit contribuer au renversement de la tendance démographique négative des dernières années.
Il y a là une fenêtre à ne pas manquer.
Article de Réjean Porlier, Le Nord-Côtier, Port de Sept-Îles, un gouvernail qui tient le cap ! – Le Nord-Côtier