Les retombées des croisières devant l’écoresponsabilité

Le Québec veut devenir une des destinations les plus écoresponsables dans l’industrie des croisières internationales, mais certains se demandent si l’industrie touristique devrait encore miser sur ce créneau compte tenu de son empreinte écologique non négligeable.

Un navire de taille moyenne émettrait chaque jour l’équivalent en particules fines de celles produites par un million de voitures.

Le géographe Luc Renaud, professeur associé au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM, estime que des destinations plus petites, comme Gaspé, doivent se poser la question de savoir si cette industrie en vaut vraiment la peine.

C’est beaucoup de CO2, c’est beaucoup de gaz à effet de serre pour très peu de bénéfices.

Depuis 2009, Québec et Ottawa ont investi plusieurs millions de dollars dans des escales de l’Est-du-Québec, par exemple Sept-Îles, les Îles-de-la-Madeleine et Gaspé, pour profiter de cette manne évaluée à 700 M$ par année dans la partie québécoise du fleuve Saint-Laurent.

À Gaspé, le fédéral et le provincial ont investi plus de 45 M$ dans des infrastructures d’accueil, notamment une gare intermodale pour accueillir les touristes.

Toutefois, la majorité des retombées économiques se concentrent à Québec et à Montréal, constate Luc Renaud.

Des escales régionales comme Sept-Îles, Gaspé ou les Îles-de-la-Madeleine seraient moins favorisées puisqu’elles ne sont pas des destinations d’embarquement et de débarquement comme Québec et Montréal, où les passagers arrivent par avion et dorment à l’hôtel avant de prendre leur bateau.

Les retombées à Gaspé sont estimées à 2 M$, selon une étude d’Aviseo Conseil réalisée pour le compte de Croisières du Saint-Laurent. Donc, quand on parle de retombées économiques, le tourisme de croisière par rapport à l’industrie touristique en Gaspésie, c’est une petite fraction de retombées économiques, fait observer le professeur de l’UQAM.

Empreinte écologique

Quant à l’empreinte écologique, que les navires soient ancrés dans la baie de Gaspé, parce qu’ils sont trop gros, ou amarrés à un quai, le mazout lourd consommé en continu par ces embarcations demeure polluant, que ce soit en mer ou durant leurs escales.

Ensuite, ils se déplacent sur l’eau une semaine de temps sur des milliers de kilomètres, et on est dans des consommations de 15 à 20 litres par 100 km par passager, et puis, pour les plus petits bateaux de tourisme de croisière de luxe, la consommation est plus élevée que ça, ajoute le spécialiste.

Une enquête de Croisières du Saint-Laurent réalisée auprès de 500 personnes révèle que la majorité des gens sont préoccupés par les problèmes environnementaux de cette industrie. La pollution de l’eau est la principale préoccupation. La majorité des gens consultés estiment néanmoins que les croisières internationales sont importantes pour le tourisme québécois.

L’industrie des croisières québécoise, chapeautée par l’Association des croisières du Saint-Laurent, dit travailler activement pour viser la carboneutralité et pour offrir des solutions alternatives plus écologiques à l’industrie.

On prétend, le Saint-Laurent, devenir une des destinations de croisières les plus performantes en matière de développement durable.Une citation deRené Trépanier, directeur général de Croisières du Saint-Laurent

Croisières du Saint-Laurent rappelle que le Canada est un des pays les plus sévères au monde en ce qui concerne les bateaux de croisière.

Dans la baie de Gaspé comme ailleurs, aucun rejet d’eau usée n’est permis. Il est interdit de déverser des eaux usées à moins de 3 milles nautiques des côtes.

Et entre 3 et 12 milles nautiques, il y a une obligation de traiter ces eaux-là, que ce soit les eaux grises ou les eaux usées, qui doivent être traitées en même temps avant d’être rejetées à un niveau acceptable de qualité de l’eau. C’est une réglementation qui s’est renforcée en 2022, mais on est totalement en accord avec cette réglementation, parce que le Saint-Laurent, c’est un écosystème fragile, explique René Trépanier, qui copréside un comité québécois sur la décarbonation de l’industrie des croisières.

Décarbonation, oui, mais pas partout

L’organisation maritime internationale va aussi imposer à l’industrie des croisières une décarbonation complète d’ici 2050. Au Québec, l’atteinte de cet objectif va passer par l’électrification des principaux ports pour permettre aux bateaux de croisière de s’alimenter en énergie propre et pour éviter la consommation de mazout lourd lors des escales.

Montréal l’offre déjà, le port de Québec a un projet sur la table, mais il serait impensable de l’envisager pour de plus petites escales comme Gaspé où, par ailleurs, l’empreinte écologique directe resterait mineure.

Il faut se comparer, et le Saint-Laurent, on représente 1,2  % du marché mondial des croisières, donc c’est très peu.Une citation deRené Trépanier, directeur général de Croisières du Saint-Laurent

Si on avait des bateaux de façon régulière, dans la baie de Gaspé, par exemple, si on en avait deux, trois, quatre ou cinq par semaine sur une saison complète, oui, on pourrait dire qu’il y a un impact, mais pour l’instant, ça demeure marginal.

N’empêche, ce sont des émanations de particules fines, rétorque le professeur Luc Renaud.

Le port de Québec, qui reçoit le plus grand nombre de bateaux de croisière de la province, a décidé d’imposer un nombre maximal de croisiéristes de 15 000 par jour.

L’Association des croisières du Saint-Laurent n’a pas l’intention d’emboîter le pas puisqu’il y a plutôt de la place pour de la croissance dans cette industrie.

Au contraire, cette organisation aimerait que la saison, présentement de quatre à cinq semaines, commence plus tôt au printemps, se termine plus tard à l’automne et se prolonge même l’hiver.

Il n’y a pas de lumières rouges qui s’allument sur du surtourisme à cause des croisières au Québec, ça serait faire fausse route que de prétendre ça, ajoute René Trépanier.

Luc Renaud, de l’UQAM, croit tout de même que les municipalités doivent s’interroger et se demander s’il s’agit d’une industrie pérenne.

C’est important pour l’industrie des croisières de nous avoir, mais la question est : “Est-ce que c’est important pour nous de l’avoir nécessairement?” Ce sont des questions qu’il faut se poser.Une citation deLuc Renaud, professeur à l’UQAM et spécialiste en tourisme de croisière

Nous avons voulu poser cette question à l’industrie. Escale Gaspésie, l’organisme qui gère et développe les croisières dans la région, a refusé notre demande d’entrevue, tout comme le maire de Gaspé, Daniel Côté.

Article de Martin Toulgoat, Radio-Canada, Les retombées des croisières devant l’écoresponsabilité | Radio-Canada

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.

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