Les efforts de Port de Saguenay : un catalyseur pour Strategic Resources

SAGUENAY – Les améliorations réalisées au Port de Saguenay au cours des dernières années représentent un important catalyseur pour le projet d’usine de bouletage (BlackRock) de Strategic Resources dans la zone industrialo- portuaire. Ces efforts sont remarqués par les investisseurs, selon l’entreprise.

« Si ça n’avait pas été du travail de Port de Saguenay sur le convoyeur, sur les améliorations, nous n’aurions jamais été capables de faire ce projet-là », souligne Alexandre Meterissian, vice-président ESG & Communications chez Strategic Resources. 

Rappelons que l’entreprise, dont le siège social est maintenant basé à Montréal, a repris l’ancien projet de Métaux BlackRock, avec laquelle elle a fusionné en 2022. Elle travaille actuellement au développement d’une usine produisant quatre millions de tonnes de boulettes de fer de haute qualité annuellement, qui constitue la première étape du projet. Une étude environnementale est en cours et la minière œuvre à lever le financement nécessaire à l’étude de faisabilité. 

Les investissements récents au Port de Saguenay ainsi que les dernières annonces des gouvernements fédéral et provincial, notamment pour l’agrandissement du quai, rassurent les investisseurs. « Tout l’excellent travail effectué par Port de Saguenay est remarqué dans les marchés financiers et ça nous aide beaucoup. Les investisseurs commencent à comprendre la stratégie de Port de Saguenay. Ça devient un port industriel intéressant pour beaucoup de joueurs », affirme M. Meterissian. Celui-ci estime que la notoriété du port a beaucoup évolué depuis deux ou trois ans. Cela a ouvert de nouvelles portes pour Strategic Resources. « Avant, les gens disaient : Port de Saguenay, c’est où ? Aujourd’hui, tout le monde est au courant, les investisseurs savent exactement de quoi on parle. […] On est ailleurs. Quand on entre dans des rencontres avec des investisseurs américains ou canadiens, tout le monde sait ce qu’ils font et l’importance de ce port. Ça a vraiment changé la game », dévoile-t-il. 

Soumis au Bureau des grands projets

Strategic Resources a également annoncé, en décembre, avoir soumis une demande au Bureau des grands projets du gouvernement canadien pour son projet BlackRock. En plus de l’usine de bouletage, qui pourrait éventuellement ouvrir la voie à un complexe métallurgique de plus grande envergure, celui-ci inclut la mine de ferrovanadium à Chibougamau et un concentrateur. 

Alexandre Meterissian rappelle que le projet a déjà obtenu toutes les autorisations gouvernementales nécessaires, en plus d’avoir signé des ententes avec les Premières Nations, dont les Cris et les Innus de Mashteuiatsh, Essipit et Pessamit. « Il y a beaucoup d’intérêt pour notre mine de vanadium. C’est la seule mine de vanadium entièrement autorisée en Amérique du Nord », fait-il valoir.

En déposant son dossier, l’entreprise souhaite qu’une potentielle acceptation par le Bureau des grands projets puisse accélérer le financement. « Si nous sommes choisis, nous envoyons le message au marché que c’est un projet vraiment important pour le Canada », partage le vice-président.

Ce dernier rappelle que le manque de structures de financement à travers le pays est un enjeu pour les promoteurs comme Strategic Resources. « [Au Canada,] nous sommes un petit marché et nous n’avons pas les marchés financiers nécessaires pour appuyer les grands projets industriels qui demandent beaucoup de capitaux au départ. »

Point de contact stratégique

Un autre objectif derrière le dépôt d’une demande auprès du Bureau des grands projets est celui d’obtenir un point de contact stratégique, qui permettrait de naviguer plus facilement à travers l’administration fédérale. 

Par ailleurs, les projets qui répondent aux critères de désignation prévus par la Loi visant à bâtir le Canada bénéficient d’examens et d’approbations simplifiés, ce qui facilite la prise de décisions à l’échelon fédéral, selon le site web du Bureau. La demande de Strategic Resources est actuellement analysée et une réponse devrait lui être donnée au cours des prochains mois. 

Bien positionné

Alexandre Meterissian croit que le projet BlackRock est bien positionné pour se démarquer au Canada. « Si tu mets les filtres de l’appui des Premières Nations et déjà autorisé, il n’y a pas 10 000 projets qui sortent. Nous sommes un des rares qui sont prêts à partir », soutient-il. 

Le contexte géopolitique actuel favorise également la vision de Strategic Resources. « Le vanadium est un produit critique et stratégique. Nous sommes la seule mine autorisée en Amérique du Nord. Tout le vanadium actuellement en Amérique du Nord provient, environ, de trois pays : l’Afrique du Sud, le Brésil et la Chine. D’un point de vue stratégique, si nous souhaitons sécuriser notre approvisionnement en vanadium, bâtir la mine serait très logique pour beaucoup de joueurs », analyse M. Meterissian. 

Par ailleurs, l’usine de bouletage, sur laquelle se concentre présentement l’entreprise, serait critique pour les aciéries, selon le vice-président. Sa construction demeure intéressante malgré le contexte actuel avec les États-Unis. « Les boulettes [de fer] n’ont pas été tarifées et ne le seront pas, parce que l’industrie de l’acier américaine dépend de l’importation de boulettes de haute qualité. C’est le produit que notre usine ferait. »

Intérêt décuplé

L’intérêt pour les boulettes de fer de haute qualité est aussi décuplé en raison de la transition vers les fours à arc électrique, plus efficaces et moins polluants, pour lesquels elles représentent une option plus pertinente. Cette transition s’accélère notamment en Europe et aux États-Unis, plus avancés que le Canada en la matière, ce qui en fait de gros acheteurs de boulettes. 

Le projet de Strategic Resources permettrait également de détourner une partie du concentré de fer de la Fosse du Labrador de l’exportation pour le transformer ici. « Nous sommes un des plus gros exportateurs de concentré de fer au monde. […] À Port de Saguenay, nous avons accès au gaz naturel, donc c’est hyper intéressant d’y transformer le concentré de fer en boulettes avant de l’exporter n’importe où dans le monde », estime M. Meterissian.

L’entreprise est toujours en recherche de financement pour l’étude de faisabilité pour l’usine. Elle doit obtenir entre huit et dix millions de dollars canadiens, qu’elle espère pouvoir recueillir en 2026. En parallèle, elle poursuit les démarches pour la modification de son certificat d’autorisation avec le gouvernement du Québec. 

Rappelons que, devant l’envergure du projet initial, dont les investissements étaient estimés à 1,6 G$ il y a deux ans, Strategic Resources a choisi de le fractionner en plusieurs étapes. La première serait l’usine de bouletage, plus facile à financer selon les dirigeants. Celle-ci pourrait ensuite être élargie pour devenir un complexe métallurgique multimétal en mesure de raffiner les produits de la mine. 

Article de Karine Boivin Forcier, Informe Affaires, https://informeaffaires.com/regional/ressources-naturelles/les-efforts-de-port-de-saguenay-un-catalyseur-pour-strategic

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.