Le plus grand voilier-cargo au monde, l’Artemis, est de passage à Matane afin de livrer près de 900 000 livres, soit environ 408 000 kilogrammes, de café à un torréfacteur de l’Estrie.
L’impressionnant navire, long de 84 mètres et large de 12 mètres, a réussi à accoster au port de Matane samedi. La veille, les vents forts l’avaient empêché d’accomplir la manœuvre.
La différence de ce navire-là, comparé à d’autres, c’est qu’on a deux mâts d’un peu moins de 60 mètres de haut. Donc, on a ce qu’on appelle un fardage, qui est très important, et le vent [peut nous écarter] du quai à l’arrivée. Donc, c’est un petit peu problématique en termes de manœuvres
, explique Olivier André, commandant de l’Artemis.
L’immense cargo à voile commercial est en partie utilisé par l’entreprise Café William pour transporter des grains de café de la Colombie jusqu’au Québec. C’est l’équivalent d’une vingtaine de conteneurs qui sont déchargés à Matane pendant la brève visite du navire dans l’Est-du-Québec.
Ça représente probablement 25 % du volume qu’on vend annuellement. Donc, on en a pour plusieurs mois
, indique Rémi Tremblay, président-directeur général et copropriétaire de Café William.
Réduire l’empreinte carbone
Rémi Tremblay explique que même si Café William a grandi au fil des ans, l’idée d’avoir une empreinte carbone faible est toujours demeurée importante au sein de l’entreprise.
C’est notamment la raison pour laquelle les propriétaires ont décidé de faire livrer leur marchandise par voilier-cargo plutôt qu’avec des porte-conteneurs à moteur qui, eux, carburent aux énergies fossiles.
L’Artemis est le plus gros voilier-cargo au monde. Il appartient à l’Armateur français TransOceanic Wind Transport (TOWT)
Photo : Radio-Canada
C’est plus coûteux que du transport traditionnel, il y a plus d’impondérables et, oui, il peut arriver des surcharges, mais c’est des choix qu’on a faits comme entreprise
, souligne Rémi Tremblay.
On ”redécouvre” ce que nos ancêtres faisaient à la voile avant, et on utilise les routes maritimes, les courants maritimes généraux, et on utilise ça au mieux pour décarboner au maximum, éviter de naviguer au moteur. Donc, ça nous permet de décarboner à peu près 90 % du CO2 émis en temps normal
, ajoute le commandant du navire.
L’Artemis peut transporteur jusqu’à 1100 tonnes de marchandise.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Le président-directeur général de Café William explique que l’usine où le café est torréfié, à Sherbrooke, a aussi été conçue pour laisser une empreinte carbone faible.
On a aussi construit une usine qui possède actuellement le seul torréfacteur alimenté à l’électricité au monde. Donc, on est à peu près le seul café qui est cuit sans émission de gaz à effet de serre sur la planète. On est pas mal fiers de ça!Une citation deRémi Tremblay, président-directeur général de Café William
La voile qui n’envie pas les moteurs
Les quelque 2000 mètres carrés de voile de l’Artemis lui permettent d’atteindre des vitesses moyennes de l’ordre de 10 à 11 nœuds par jour, soit de 18 à 20 kilomètres à l’heure environ.
Pour leur part, les navires traditionnels peuvent naviguer à une vitesse moyenne de 12 à 13 nœuds par jour, et les porte-conteneurs peuvent atteindre jusqu’à 18 à 20 nœuds, soit entre 33 et 37 kilomètres à l’heure, selon Olivier André.
Le commandant est toutefois d’avis que même si les bateaux à moteur permettent des transits plus rapides, l’usage du voilier-cargo peut être très avantageux.
Le souci des porte-conteneurs et des conteneurs, finalement, c’est le temps passé sur les quais, au départ et à l’arrivée. [Les conteneurs vont] mettre peut-être plus d’un mois à arriver du client à son destinataire final, ce qui n’est pas notre cas à nous
, avance-t-il.
Rémi Tremblay ne cache pas que le transport par voilier-cargo est un peu plus lent et coûteux qu’avec des bateaux à moteur, mais il précise que ce coût n’est pas refilé aux consommateurs.
Ça coûte plus cher que du transport par porte-conteneurs. […] Sincèrement, on absorbe le coût de transport, on prend ça dans nos marges
, explique-t-il.
L’Artemis devrait être de retour dans l’Est-du-Québec au printemps 2026. Si les plans ne changent pas d’ici là, les curieux auront l’occasion de monter à bord du navire afin de le visiter.
Avec les informations de Jean-François Deschênes et Renée Dumais-Beaudoin, Le plus grand cargo à voile au monde de passage à Matane | Radio-Canada