Le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard s’intéresse à la possibilité d’aménager un port marchand dans la province. Plusieurs entreprises insulaires doivent actuellement envoyer la majorité de leurs produits aux ports d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, et de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, afin de les exporter à travers le monde.
Les progressistes-conservateurs de Rob Lantz ont lancé l’idée dans le discours du Trône qui a donné mardi le coup d’envoi à une nouvelle session législative à Charlottetown.
Nous avons également besoin d’envisager différemment la commercialisation de nos produits
, a lu le lieutenant-gouverneur, le Dr Wassim Salamoun, lors de la présentation du discours. [Le] gouvernement étudiera la création d’un port marchand à l’Île-du-Prince-Édouard et d’autres infrastructures essentielles pour permettre à nos produits de première qualité d’accéder à de nouveaux marchés partout dans le monde.
Nos exportateurs doivent se diversifier et regarder de nouveaux marchés
, a précisé le premier ministre Rob Lantz en mêlée de presse. Je crois que c’est très prudent d’étudier l’infrastructure existante ou d’ouvrir quelque chose de nouveau.
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Le gouvernement n’a pas indiqué à quel endroit il pourrait vouloir aménager un port marchand.
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Le lieutenant-gouverneur de l’Île-du-Prince-Édouard, le Dr Wassim Salamoun, présente le discours du Trône du gouvernement progressiste-conservateur de Rob Lantz à l’Assemblée législative, le 25 mars 2025.
Photo : Radio-Canada / Stacey Janzer
Exportations de pommes de terre
Le gouvernement dit avoir consulté des agriculteurs et des producteurs de pommes de terre pour déterminer qu’il serait utile d’avoir un port. Pour le moment, ces agriculteurs n’ont pas d’endroit pour exporter leurs produits par bateau étant donné l’absence d’un port pouvant accommoder les navires à conteneurs.
Le directeur général de la Commission de la pomme de terre de l’Île-du-Prince-Édouard, Greg Donald, dit qu’il a entendu parler de la possibilité d’un port marchand pour la première fois dans le discours du Trône. Il croit néanmoins qu’il est pertinent d’explorer cette idée, étant donné que la province exporte la majorité des pommes de terre qu’elle produit.
On plaisante souvent qu’une seule ferme de pommes de terre pourrait alimenter les résidents et les touristes de la province entière.Une citation deGreg Donald, directeur général de la Commission de la pomme de terre de l’Î.-P.-É.
L’Île-du-Prince-Édouard produit environ 2,5 milliards de pommes de terre annuellement. Selon Greg Donald, c’est l’équivalent de la consommation annuelle de pommes de terre de 25 millions de personnes.
Selon des données de Statistique Canada de 2023, l’Île-du-Prince-Édouard produit 20 % de toutes les pommes de terre canadiennes. Aussi, 55 % des revenus de l’agriculture dans la province seraient reliés aux pommes de terre.
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L’Île-du-Prince-Édouard exporte la majorité des pommes de terre qu’elle produit. (Photo d’archives)
Photo : Gracieuseté de Bryan Maynard
Greg Donald dit qu’il y a de la demande pour les pommes de terre insulaires dans le reste du Canada, aux États-Unis, dans les Caraïbes et même en Asie du Sud-Ouest. Mais pour le moment, il estime que la solution pour exporter le produit n’est pas idéale.
Si nous expédions des conteneurs à partir de l’île qui doivent passer par les ports de Saint-Jean ou d’Halifax, les coûts pour transporter ces pommes de terre par camion jusqu’à ces ports sont des kilomètres qui coûtent cher,
dit-il.
Greg Donald a aussi des craintes pour l’environnement avec l’augmentation du nombre de camions sur la route.
Le directeur général de la Commission de la pomme de terre de l’Île-du-Prince-Édouard croit, par ailleurs, qu’un port marchand serait une bonne manière d’éliminer les barrières commerciales entre les provinces.
Un processus long et coûteux, selon un expert
Par contre, Claude Comtois, un professeur titulaire à l’Université de Montréal qui se spécialise dans le domaine des ports et du transport maritime, doute de la faisabilité d’un port marchand à l’Île-du-Prince-Édouard.
Selon lui, un port coûterait près d’un demi milliard de dollars et pourrait prendre entre sept et huit ans à compléter.
Je ne pense pas que l’État, que ce soit l’Île-du-Prince-Édouard ou le gouvernement fédéral, serait prêt à payer pour la construction d’un port en eau profonde.Une citation deClaude Comtois, professeur titulaire à l’Université de Montréal spécialiste du transport maritime
Pour qu’il y ait un port et qu’il soit rentable, Claude Comtois dit qu’il faut identifier la colonne d’eau disponible, trouver une compagnie qui voudrait gérer le port et assurer qu’il y ait un service régulier. Le professeur croit que la province ne répond pas à tous ces critères.
L’Île-du-Prince-Édouard n’est pas en mesure de générer assez de cargo pour justifier un port
, explique t-il. Je ne vois pas de justification économique qui permettrait de construire un port.
En outre, Claude Comtois fait valoir qu’un port marchand à l’Île-du-Prince-Édouard se retrouverait en concurrence directe avec les autres ports de la région atlantique. Il rappelle aussi que la province insulaire est un environnement fragile, notamment en raison de l’érosion côtière.
Article de Raphaël Caron, Radio-Canada, Le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard explore l’idée d’un port marchand | Radio-Canada