Le niveau du fleuve Saint-Laurent a atteint un creux record depuis 2021 à cause des périodes caniculaires répétées de cet été. Dimanche matin, la hauteur de l’eau dans l’est de Montréal était de 4,1 mètres, soit 60 centimètres de moins que la médiane, ce qui a des conséquences économiques insoupçonnées.
Si le niveau du fleuve est réduit, les différents contaminants continuent d’affluer au même rythme dans les cours d’eau.
Et moins d’eau signifie qu’il y a moins de dilution, résume la mairesse de Lachine et responsable de l’eau au comité exécutif de la Ville de Montréal, Maja Vodanovic.
Tous les rejets industriels et les rejets des égouts sont plus concentrés. Alors, on dépense beaucoup plus d’argent pour traiter l’eau. Elle est encore sécuritaire, mais ça nous coûte beaucoup plus cher.Une citation deMaja Vodanovic, responsable de l’eau au comité exécutif de la Ville de Montréal.
Au Québec, ce sont les municipalités qui financent la gestion de l’eau potable. Une facture qui sera ultimement refilée aux propriétaires et aux ménages locataires, par l’entremise de l’impôt foncier relatif au service de l’eau.
Et la situation est la même pour d’autres cours d’eau. La rivière des Outaouais qui alimente la rivière des Prairies et la rivière des Mille Îles qui aboutit en aval de Montréal et qui contrôle le niveau d’eau du fleuve sont toutes en situation de faible débit en ce moment
, indique l’hydrologue Michel Leclerc.
Flotter plus léger
La décrue des eaux se répercute également sur le transport de marchandises, compromettant ainsi un axe vital du commerce en Amérique du Nord.
Les transporteurs sont obligés de limiter leur cargaison pour moins charger les navires qui circulent sur le fleuve Saint-Laurent.
Pour une diminution de 10 centimètres dans le niveau d’eau, les navires doivent réduire leur cargaison de 3000 tonnes métriques
, d’après le directeur général de l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent, Philippe Murphy-Rhéaume. Avec une cargaison moindre, cela peut en aval avoir des impacts sur les consommateurs [entraînant] alors une hausse des prix
, ajoute-t-il.
On parle de 60 milliards d’activités économiques annuellement, 181 000 emplois.Une citation dePhilippe Murphy-Rhéaume, directeur général de l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent
On veut cette eau
, affirme Trump
En plus des changements climatiques, les cours d’eau sont aussi menacés par le président américain Donald Trump.
Ils ont des millions de gallons qui descendent du nord avec des calottes neigeuses au Canada. Essentiellement, ils ont un très grand robinet
, avait énoncé le président américain en septembre 2024.
Depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025, le président ne cesse de menacer d’accaparer une ressource qui devient de plus en plus rare et convoitée, l’eau douce. On veut cette eau
, a déclaré le président Trump en janvier 2025.
Heureusement, un président ne peut pas unilatéralement forcer les déversements d’eau
, assure Philippe Murphy-Rhéaume.
Le Canada et les États-Unis ont signé en 1909 le Traité sur les eaux limitrophes, qui demeure valable aujourd’hui. Cependant, cet accord-là est mis sous pression, selon moi. Quand j’ai voyagé à Washington avec l’Alliance […], on m’avait confirmé que, oui, ces discussions sont en cours
, raconte la responsable de l’eau au comité exécutif de la Ville de Montréal, Maja Vodanovic.
Si les deux pays ont généralement réussi à bien s’entendre au cours du dernier siècle, la possibilité qu’un accord soit renégocié sous l’ère Trump laisse planer le doute sur l’avenir de cet or bleu.
Article d’Ariane Émond, Radio-Canada, Le coût insoupçonné du faible niveau d’eau du fleuve Saint-Laurent | Radio-Canada