Dix ans après sa création, le Centre opérationnel Atlantique (COA) de Rio Tinto en a parcouru du chemin. Grâce à des outils à la fine pointe de la technologie, le COA permet d’assurer une vigie auprès de sept usines, de surveiller le transport des 160 000 tonnes de métal gris sur les routes et d’optimiser les procédés. Il a d’ailleurs réussi à diminuer de 75 % les cuves en arrêt non planifié.
Le COA est un jalon important pour Rio Tinto, puisqu’il permet l’analyse des procédés et des opérations de l’entreprise 24 heures par jour, sept jours par semaine.

Grâce à une équipe d’une trentaine de personnes, le COA assure une vigie pour cinq usines au Saguenay–Lac-Saint-Jean, une à Kitimat en Colombie-Britannique et une autre en Islande. Ainsi, il permet de détecter le moindre problème dans les procédés et de transmettre l’information à la bonne personne pour y remédier, de sorte à perdre le moins de temps et de production possible.
Au total, ce sont près de 350 millions de données qui y sont analysées et traitées chaque jour afin de retourner l’information aux usines et permettre une meilleure stabilité des opérations.

«Chaque cuve subit une opération à cœur ouvert, en quelque sorte. Tous les jours, on doit changer les anodes. Mais si c’est mal fait, ça surchauffe et la vie de la cuve est raccourcie. L’objectif, c’est de prédire et de détecter les problèmes avant qu’ils n’arrivent», a mentionné le directeur général des services techniques pour les opérations atlantiques de Rio Tinto Aluminium, Alexandre Perron.
Selon lui, la stabilité des opérations rime aussi avec une meilleure performance environnementale.
Expertise régionale à l’international
La plateforme de surveillance opérationnelle utilisée par le COA a été développée ici, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, avec des partenaires québécois. Mais en plus d’assurer une vigie constante pour six usines au Canada et une en Islande, le centre a exporté sa technologie outre-Atlantique, en Australie.

«La plateforme est utilisée dans trois autres usines en Australie. Mais on ne peut pas les opérer d’ici, c’est seulement la technologie qu’on a exportée, et eux s’occupent de leur surveillance», continue Alexandre Perron.
Pourquoi choisir le Saguenay pour développer et installer cette technologie ? «Ça va faire 100 ans qu’on produit de l’aluminium ici. Pourquoi ça a été choisi par nos prédécesseurs ? C’est le savoir-faire de nos gens, leur expertise.»
Le Saguenay–Lac-Saint-Jean produit 1,2 million de tonnes d’aluminium, ce qui représente 50 % de l’aluminium primaire produit par Rio Tinto.
Une surveillance accrue
Le COA se trouve sur le site de l’usine d’Arvida, dans le bâtiment portant le numéro 100. Auparavant, il était situé dans les locaux du Manoir du Saguenay, et portait le nom de Centre opérationnel Aluminium. Mais en élargissant ses opérations et son expertise, le centre a aussi élargi la portée de son nom.
Une fois arrivé dans la salle où se déroule la surveillance, le visiteur ne peut qu’être frappé par la chaleur qui en émane. Il faut dire que la salle est remplie d’écrans d’ordinateurs, une bonne trentaine, si ce n’est plus. Il y a quatre postes de travail et chacun est doté de dix écrans.

«On va avoir trois postes de travail qui vont être concentrés sur le monitoring en opération. Le 4e poste, c’est la gestion du métal, c’est pour l’ensemble des opérations du transport de métal», indique Dave Bolduc, chef de service au COA.
Ces dispositifs permettent de couvrir l’ensemble des secteurs des alumineries, du carbone en passant par l’électrolyse, la coulée et enfin, les épurateurs. Les données reliées à ces domaines atterrissent au COA et il existe trois façons de les traiter et de partager l’information à la personne concernée.
- Les données vont être analysées, et une action sera mise en place de manière automatique à travers les usines ;
- Un SMS va être envoyé aux opérateurs, et du temps sera laissé pour permettre la résolution du problème.
- Les analystes rentrent directement en contact avec les opérations pour intervenir et s’assurer de régler les problèmes avant qu’ils ne surviennent.
«La philosophie du COA, c’est de donner la bonne donnée à la bonne personne, au bon moment, pour s’assurer de prendre les meilleures décisions sur l’ensemble de nos opérations.»— Alexandre Perron, directeur général des services techniques pour les opérations atlantiques de Rio Tinto Aluminium.
Les analystes ne peuvent pas intervenir directement à partir de la salle de surveillance, ils doivent obligatoirement contacter quelqu’un sur le plancher pour remédier aux anomalies.
«Mais par contre, on peut soulager une cuve de ses douleurs avec un traitement de résistance, mais toujours en collaboration avec les opérations», souligne Alexandre Perron.

En plus de surveiller que tout se déroule comme prévu dans les salles de cuves, le COA garde aussi un œil sur les transports routiers de l’aluminium interusines. Au total, ce sont près de 160 000 tonnes qui transigent chaque année entre les cinq alumineries de la région. Le COA peut savoir à tout moment où se trouvent ses camions.
«C’est un actif important pour Rio Tinto parce que depuis sa venue et son évolution au cours des 10 dernières années, le COA a transformé la manière d’opérer nos usines. Au cours des dix dernières années, on a beaucoup investi en électrolyse, c’est le cœur de nos opérations», poursuit le DG.
Il explique qu’à chaque seconde, les signaux de cuves sont envoyés sur les postes de travail pour être analysés et y déceler des anomalies. «S’il y a des anomalies qui n’ont pas été perçues par l’usine, c’est là que nos analystes vont appeler les opérateurs pour diagnostiquer le problème, prendre action, et assurer un retour pour la stabilité.»
Défis
Au cours des 10 dernières années, Rio Tinto a beaucoup investi dans ses alumineries. Mais pour les prochaines années, Alexandre Perron estime que le défi sera de raccorder le centre de conduite du réseau de Rio Tinto Énergie Électrique, à Alma, de connecter l’usine de raffinerie d’alumine, et aussi d’investir beaucoup au niveau des affluents pour les mesurer en continu.

Il y a aussi une problématique liée aux départs à la retraite, d’où la nécessité pour le COA d’avoir des employés avec plus de 20 ans d’expérience.
«Avec les départs à la retraite, on perd beaucoup d’expertise. Quand les gens moins expérimentés font face à une problématique de moins en moins présente sur une cuve, c’est extrêmement réconfortant d’avoir quelqu’un d’expérimenté, à trois heures du matin, qui est capable de nous conseiller adéquatement d’un point de vue sécurité, mais aussi technique», de conclure Dave Bolduc.
Article de Solveig Beaupuy, Le Quotidien, Le Centre opérationnel Atlantique de Rio Tinto fête ses 10 ans