Le 18 octobre, un phénomène exceptionnel fera monter le niveau du fleuve Saint-Laurent de façon significative

Des puits à sec, des bateaux pris dans la boue et des champs desséchés: le Québec n’a jamais été aussi assoiffé. Le manque de précipitations depuis l’été causent des problèmes d’eau presque partout dans la province.


En ouvrant les vannes du lac Ontario pour 36 heures les 18 et 19 octobre, la Commission mixte internationale veut aider les plaisanciers des marinas. Ce coup d’eau de 500 m3 (l’équivalent d’une piscine olympique toutes les 2 secondes) fera baisser le lac Ontario de moins d’un tiers de centimètre, mais augmentera suffisamment le niveau du fleuve Saint-Laurent pour sauver des milliers de bateaux empêtrés.

L’eau du Saint-Laurent ne dépend pas de la pluie

Effluent d’un des plus vastes bassins d’eau douce au monde (18% des eaux de surface), le Saint-Laurent prend l’essentiel de son débit du lac Ontario, où se déversent les quatre autres grands lacs. C’est à Cornwall que se trouve sa pièce maîtresse: le barrage Moses-Saunders, construit en 1958, qui alimente deux centrales électriques, une aux États-Unis, l’autre au Canada. Quand on y ouvre les vannes, les porte-conteneurs peuvent glisser librement jusqu’à Montréal. Quand on les ferme pour garder le niveau du lac Ontario plus haut, ce sont les plaisanciers du segment fluvial qui s’enlisent dans la vase sur 150 km. La décision d’ouvrir les vannes est prise par la Commission mixte internationale, un groupe américano-canadien qui a la responsabilité de la gestion des niveaux d’eau dans ce gigantesque bassin hydrographique.

Voie maritime: les gros tonnages délestés

Corridor stratégique reliant les Grands Lacs à l’Atlantique, la voie maritime du Saint-Laurent est la principale porte d’entrée de l’est du continent par voie d’eau. Quand le niveau descend sous le «zéro des cartes» (le niveau considéré comme point de référence le plus bas sur les cartes marines), la sécurité de la navigation est compromise. Les niveaux seront sous ce point durant les quatre prochaines semaines selon la garde côtière canadienne, tant à Montréal qu’à Trois-Rivières et Sorel. Le mois dernier, la Corporation de gestion de la voie maritime du Saint-Laurent a confié au Journal avoir «resserré les restrictions de vitesse et réduit le tirant d’eau maximal permis dans la section Montréal–Lac Ontario, afin de maintenir un passage sûr et efficace des navires». Cela signifie qu’un nombre indéterminé de navires ont dû se décharger pour ne pas s’échouer.

Un soupir de soulagement dans les marinas en région

«J’espère qu’on aura le temps de tous les retirer. Ce n’est pas le temps de prendre des vacances», lance Émile Sauvé, qui tient la marina Ô Quai des Brasseurs de Bécancour.

Comme les quelque 25 autres marinas entre Cornwall et Montréal, celle de Bécancour a été prise de court par les faibles niveaux d’eau du fleuve de l’été 2025, au point où les huit bateaux de son quai n’ont pas pu prendre le large depuis plusieurs semaines. Ils sont en train de disparaître dans la vase. «On est soulagés de voir qu’on aura une chance de les sortir à temps» commente-t-il.

Sans ce coup d’eau providentiel, l’hiver peut frapper rapidement et le gel abîmera les coques de bateau. En quelques jours, le mauvais temps peut transformer des embarcations de plusieurs milliers de dollars en pertes totales.

Aucun bateau affecté au port de Montréal

«Les niveaux sont plus bas que d’habitude à pareille date mais ce n’est pas exceptionnel. Nous avons eu des niveaux encore plus bas en 2012», explique Renée Larouche, directrice des communications du port de Montréal.

Aucun des 2000 bateaux qui jettent l’ancre au port de Montréal n’a été incommodé par le niveau d’eau du fleuve Saint-Laurent depuis le début de l’année, précise Mme Larouche. Mais elle ajoute que les lignes maritimes sont prévenues quatre semaines d’avance afin qu’elles ajustent leur cargaison. «Qu’ils proviennent de l’Inde, de France ou d’ailleurs, les compagnies sont informées des limites permises pour éviter que les bateaux soient interdits d’entrée.»

Les changements climatiques en cause?

Depuis le tournant du siècle, les niveaux d’eau du Saint-Laurent ont été désastreux à trois reprises: 2001, 2003, 2012. On note aussi des bas niveaux dans les années 1930 (avant la construction du barrage de Cornwall) et 1960. Est-ce que le réchauffement climatique peut expliquer les cycles de sécheresse? «Diverses études ont mis en lumière la possibilité d’assister à une diminution des apports en eau aux Grands Lacs et à des épisodes de plus faibles débits et de bas niveaux dans le Saint-Laurent», peut-on lire dans une étude d’Ouranos publiée en 2016. La capacité réduite de chargement des navires entraînera des pertes économiques estimées entre 38 et 70 millions de dollars par an. Les centrales comme Beauharnois sont sensibles aux débits réduits, avec des pertes évaluées entre 52 et 89 millions de dollars. Les bas niveaux limiteront l’accès aux marinas et augmenteront les risques pour les embarcations, avec des pertes estimées entre 64 et 77 millions de dollars. Sans parler des effets sur l’écologie.

Article de Mathieu-Robert Sauvé, Le journal de Montréal, Le 18 octobre, un phénomène exceptionnel fera monter le niveau du fleuve Saint-Laurent de façon significative | JDM

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.

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