SECTEUR MARITIME. L’entreprise Groupe Océan, qui offre des services de remorquage portuaire, de dragage, de construction maritime et de réparation navale et industrielle, file à plein vent. «Notre chiffre d’affaires double quasiment tous les cinq ans et le contexte actuel, avec notamment l’accélération des investissements dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale, crée de belles occasions d’affaires», dit Jacques Tanguay, PDG à Groupe Océan.
Cette Stratégie est une initiative fédérale canadienne lancée en 2010 pour renouveler les flottes de navires fédéraux — notamment celles de la Marine royale du Canada, de la Garde côtière canadienne et de Transports Canada — tout en revitalisant le secteur maritime au pays.
L’entreprise fondée en 1972 et établie à Québec fait preuve d’un grand dynamisme. Elle possède des chantiers navals à Québec, à L’Isle-aux-Coudres, dans Charlevoix, et aux Méchins, dans le Bas-Saint-Laurent. Et elle œuvre en Ontario, en Colombie-Britannique et en Jamaïque.
Sa croissance s’est en grande partie effectuée par acquisitions. Parmi les plus récentes, il y a l’achat de Samson Tugboats en 2021, qui a fait de Groupe Océan un acteur majeur du remorquage au port de Vancouver. Autre ajout important, survenu en 2022: le chantier naval Verreault, aux Méchins. «Le chiffre d’affaires et le nombre d’employés de ce chantier-là ont presque doublé depuis que nous l’avons acquis», affirme Jacques Tanguay, en soulignant que le carnet de commandes de ce chantier est rempli «jusqu’en juin 2027».
Groupe Océan compte aujourd’hui quelque 1 120 travailleurs, dont un millier au Québec, mais ces chiffres sont inférieurs à ce qu’ils pourraient être. Le PDG indique en effet qu’il serait prêt à embaucher soudeurs, marins et autres mécaniciens, si seulement la main-d’œuvre se faisait moins rare.
Un investissement hautement stratégique
L’actuelle tension commerciale entre les États-Unis et le Canada joue plutôt en faveur de Groupe Océan, estime Jacques Tanguay. De fait, les gouvernements fédéral et provinciaux ressentent une certaine urgence d’investir dans des domaines stratégiques tels la défense et le secteur maritime. «Et comme le nombre de chantiers maritimes est limité au pays, ça crée un potentiel de croissance pour nous», dit-il.
Le gouvernement du Québec a explicitement évoqué ce contexte en juillet dernier lors de sa prise de participation de 145 millions de dollars (M$) dans Groupe Océan. «En soutenant le Groupe Océan, on consolide la position du Québec dans l’industrie de la défense, on encourage l’innovation et on renforce la chaîne d’approvisionnement québécoise dans le domaine maritime, un secteur stratégique de notre économie», avait alors déclaré Christine Fréchette, à l’époque ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et ministre responsable du Développement économique régional.
L’investissement se décompose ainsi : 75 M$ sous forme d’actions privilégiées du gouvernement ; 34 M$ provenant du Fonds pour la croissance des entreprises québécoises, géré par Investissement Québec (IQ); et 36 M$ issus des fonds propres d’IQ. Cette injection de capitaux s’inscrit dans un projet plus large de réorganisation de l’actionnariat de Groupe Océan, sous forme de rachat par ses dirigeants (management buyout): Jacques Tanguay, Gordon Baine et d’autres membres de la haute direction conservent le contrôle de l’entreprise, tout en faisant entrer de nouveaux partenaires financiers. «Nous avions constaté qu’il n’y avait pas de joueur québécois, ni même canadien, capable de racheter Groupe Océan, raconte Jacques Tanguay. Nous en avons parlé à différentes instances gouvernementales, qui nous ont assuré de leur soutien en cas de rachat par la haute direction.»
Selon le gouvernement du Québec, l’investissement vise notamment à soutenir le développement des chantiers navals de Charlevoix et de L’Isle-aux-Coudres ainsi qu’à accroître la capacité de l’entreprise à décrocher des contrats offerts dans la cadre de la Stratégie nationale de construction navale. Il entend également protéger les emplois que Groupe Océan génère et favoriser le maintien de son siège social au Québec.
Toujours plus vert
Par ailleurs, Groupe Océan garde le cap concernant ses efforts environnementaux. En janvier dernier, le chantier maritime de Québec du groupe a été ajouté au programme Alliance verte, ce qui signifie qu’il s’est engagé à évaluer et améliorer ses performances environnementales selon des critères rigoureux (réduction des rejets polluants, prévention des déversements, gestion des matières résiduelles, minimisation des impacts sociaux, etc.). Ce chantier est devenu la cinquième entité du groupe à rejoindre ce programme; d’autres sites, comme ceux de L’Isle-aux-Coudres et Les Méchins, sont déjà certifiés. Groupe Océan compte parmi les membres fondateurs du programme Alliance verte.
Les remorqueurs utilisés en Colombie-Britannique sont entièrement alimentés par du diesel renouvelable, fabriqué à partir d’huiles végétales et d’huiles usées issues de la friture. Selon Groupe Océan, cela réduit leurs émissions de gaz à effet de serre «d’environ 80%» par rapport aux carburants fossiles traditionnels. Au Québec, l’approvisionnement en carburant alternatif est plus complexe, si bien que seulement un ou deux bateaux peuvent y recourir, indique le PDG. Bref, si la plupart des indicateurs sont au vert sur le tableau de bord de Groupe Océan, la vigilance est toutefois de mise, considère Jacques Tanguay. Par exemple, un brusque ralentissement de l’économie du Québec n’est pas à écarter, et cela pourrait changer la donne en un rien de temps pour l’entreprise. «Cela dit, tout va bien pour nous, indique le PDG. Je suis optimiste pour l’avenir, et notamment confiant en notre capacité à saisir les occasions qui se présenteront à nous.»
Article de Jean-François Venne, Les Affaires