Faute de financement confirmé de la part du gouvernement Legault, et toujours sans entente pour un bloc d’énergie avec Hydro-Québec, le Port de Québec pourrait n’électrifier qu’un seul de ses quais, bien en-deçà de son objectif initial d’installer des bornes de recharge sur le tiers de ses terminaux.
L’Administration portuaire de Québec (APQ) a fait de l’électrification de ses installations l’une de ses mesures centrales dans le but de décarbonner ses activités. Selon ses propres données, la présence des navires à quai compte pour plus de 80 % des GES générés sur son territoire.
Le Port a donc élaboré un projet visant l’électrification de trois quais de croisière et de deux quais commerciaux. Sur un budget évalué à 55 millions $, l’objectif de l’administration portuaire était d’obtenir 80 % du financement auprès du provincial et du fédéral, alors que le Port fournirait 20 %, soit environ 11 millions $.
Les discussions se sont amorcées il y a deux ans avec les différents ordres de gouvernement et Hydro-Québec. À la clé se trouvait la possibilité d’éliminer quelque 20 000 tonnes de GES annuellement.
Les navires à quai utilisent leur combustible afin d’assurer tous les services à bord. L’électrification permettrait d’éviter ces sources d’émission de gaz à effet de serre, selon le Port. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Raymond RouthierAILLEURS SUR INFO : La Chine et la Russie prennent de l’avance sur l’OTAN en Arctique
Le gouvernement fédéral a répondu présent. Ottawa confirmait l’an dernier une somme allant jusqu’à 22,5 millions $ à travers le Programme des corridors maritimes verts.
La province, à laquelle on demandait un effort de 21,5 millions $ pour le projet à cinq bornes, ne s’est jamais engagée financièrement. L’hiver dernier, les programmes visés par le Port étaient à sec et n’auraient pu couvrir l’ensemble de la facture, plaidait le gouvernement provincial.
Le Port a donc revu son projet à la baisse une première fois et a présenté une nouvelle mouture au ministère des Transports et de la Mobilité durable, espérant trouver une voie de passage
plus rapidement. Plutôt que cinq quais, seuls deux étaient désormais ciblés pour le projet, à savoir un quai commercial et un quai de croisière.
Près d’une autre année plus tard, voilà que l’APQ doit encore revoir ses ambitions et travaille sur une nouvelle version minceur.
Un seul quai
Radio-Canada a en effet appris qu’une seule borne serait désormais envisagée dans le cadre du projet, et la lenteur des pourparlers fait partie des motifs derrière cette décision.
En raison des discussions plus longues avec le gouvernement du Québec et des discussions qui se poursuivent avec Hydro-Québec, le projet d’électrification des quais pourrait être revu à une borne pour le moment
, confirme Frédéric Lagacé, directeur des communications et porte-parole du Port.
Outre les longs délais, ce dernier mentionne l’inflation
et le contexte économique
pour expliquer cette nouvelle réflexion au sein de l’administration portuaire.
Seul le quai 30 serait électrifié en vertu de cette troisième version.
Situé à l’embouchure de la rivière Saint-Charles, le quai reçoit les plus gros navires de croisière visitant la capitale chaque année. Le branchement serait donc susceptible d’avoir le plus grand effet de réduction des émissions polluantes. D’autant que le temps à quai y est plus long puisque les opérations embarquement débarquement y sont concentrées
, ajoute M. Lagacé.
Le coût estimé du projet est de 23 millions $ pour cette seule borne. En plus de l’inflation, le prix dépend des défis techniques liés à chaque emplacement, explique Frédéric Lagacé pour justifier le montant.
Le financement d’Ottawa demeure acquis, alors que le fédéral pourrait fournir 11,5 millions $. Nous aurons besoin de 6,9 millions $ de Québec afin d’atteindre un niveau de contributions gouvernementales de 80 % minimum pour ce type de projet.
Une demande sera acheminée au gouvernement du Québec en janvier prochain. Le Port appliquera sur le même programme qui était vide l’an dernier. Début décembre, la Coalition avenir Québec a annoncé avoir relancé l’enveloppe.
Elle a cependant été amputée de 25 %, passant de 40 millions $ à 29,5 millions $ d’ici la fin de 2028. L’Aide financière pour l’efficacité du transport aérien, maritime et ferroviaire plafonne par ailleurs à 4 millions $ par projet, sous les besoins du Port.
Article de David Rémillard, Radio-Canada, Électrification des quais : le Port de Québec encore forcé de réduire son projet | Radio-Canada