SECTEUR MARITIME. Ce ne sont pas les États qui font du commerce, mais les entreprises. Et pour leur permettre de diversifier leurs marchés, les ports doivent contribuer à éliminer les barrières logistiques», affirme Julien Baudry, chef de cabinet et vice-président aux communications et aux relations externes à l’Administration portuaire de Montréal.
Cela passe notamment par des alliances stratégiques avec des organisations portuaires étrangères. En janvier 2025, les ports de Montréal, Québec, Saguenay, Sept-Îles et Trois-Rivières ont justement scellé une entente de collaboration avec North Sea Port, qui réunit le port belge de Gand et les ports néerlandais de Terneuzen et de Flessingue.
Ces dernières années, le port de Montréal a conclu ou renouvelé d’autres accords avec des administrations portuaires comme celles d’Anvers en Belgique, de Marseille dans le sud de la France et d’Haropa, soit le port fluvio-maritime de l’axe Seine. Ce dernier regroupe les villes du Havre, de Rouen et de Paris sous une gouvernance unique pour créer l’un des plus grands ports français.
L’objectif est chaque fois de nouer des liens avec des ports pertinents pour les entreprises québécoises, de façon à faciliter les échanges de marchandises avec leurs clients et autres fournisseurs, indique Julien Baudry.
Verdir
Claude Comtois, professeur émérite de géographie à l’Université de Montréal et spécialiste des transports maritimes et portuaires, estime que c’est moins la volonté d’augmenter les flux de marchandises que de décarboner le transport maritime qui explique ces alliances portuaires.
Par exemple, les ports de Montréal et d’Anvers se sont entendus, en 2021, lors de la COP26, pour créer le premier corridor maritime vert dans l’Atlantique Nord. L’entente avec Haropa, renouvelée en 2023, vise à verdir le transport entre la France et le Québec.
Quant au North Sea Port, il s’inscrit dans le même élan, comprenant notamment le partage des meilleures pratiques pour décarboner et numériser le transport maritime ; un sujet crucial quant aux défis climatiques, impliquant l’adoption de carburants «propres», l’électrification des ports et l’optimisation numérique.
Claude Comtois considère que cette démarche est propice à la diversification des flux de marchandises, et donc à l’atténuation de la dépendance du Québec envers les États-Unis. Mais elle va nécessiter d’accélérer notre propre décarbonation.
C’est que les politiques de décarbonation des infrastructures portuaires progressent vite en Europe. Les principaux ports de l’Union européenne doivent ainsi fournir l’électricité à quai au plus tard en 2030. Cela doit permettre aux navires de se brancher pendant leur escale pour alimenter leurs éclairage, chauffage et climatisation, entre autres.
« Les bateaux qui viendront au Canada depuis l’Europe exigeront d’avoir les mêmes
services, avance le professeur. Pour favoriser l’augmentation et la diversification des échanges de marchandises, nous n’avons donc d’autre choix que de moderniser nos infrastructures portuaires. »
Fluidifier le transport maritime
Un autre atout pour le Québec concerne ses efforts pour faire du Saint-Laurent un corridor économique intelligent, c’est-à-dire un axe géographique stratégique où les infrastructures, les entreprises et les territoires sont connectés par des technologies numériques afin de maximiser la performance économique, environnementale et sociale.
En l’occurrence, il s’agit essentiellement d’un système de transport maritime hautement numérisé permettant d’avoir en temps réel une vue d’ensemble des transports liés au fleuve.
«Un écosystème maritime, ferroviaire et routier plus fluide et performant séduira inévitablement les transporteurs maritimes, ce qui sera positif pour la diversification et l’augmentation des flux d’échange», assure Mathieu St-Pierre, PDG de la Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes).
À la clé, estime-t-il, de potentielles nouvelles occasions d’affaires pour les entreprises d’ici.
Comme Claude Comtois, le PDG, en poste depuis 2020, estime que la décarbonation est cruciale pour augmenter l’attractivité de notre voie maritime, en particulier auprès des Européens et des Asiatiques, qui y sont particulièrement sensibles.
«Le Québec ne doit surtout pas donner un coup de frein à ce sujet, dit-il, car nous sommes en train de nous doter d’un véritable atout stratégique.»
Pour l’heure, Québec propose notamment le Programme en efficacité du transport maritime, aérien et ferroviaire, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer l’efficacité des transports. Celui-ci finance, entre autres, les projets de décarbonation des infrastructures portuaires et l’installation sur les navires de système permettant le branchement au système électrique à quai.
Du côté fédéral, le Fonds national des corridors commerciaux et le Fonds pour l’infrastructure de l’Arctique peuvent aussi être mis à profit pour améliorer les infrastructures portuaires.
Article de Jean-François Venne, Les Affaires