Davie débarque aux États-Unis pour y construire des brise-glaces, et le gouvernement Legault est en discussions avec ce spécialiste de la construction navale afin de l’appuyer financièrement dans cette incursion américaine qui pourrait s’avérer lucrative, a appris La Presse.
L’entreprise de Lévis doit encore attacher des ficelles pour boucler ce qui constituerait sa plus récente prise. Les sommes en jeu ne sont pas connues à ce moment-ci. N’empêche, Québec a déjà accordé 630 millions au constructeur pour l’aider à moderniser ses installations québécoises et acheter le plus important constructeur de brise-glaces, établi en Finlande. De grosses sommes sont déjà en jeu.
Après environ une année de recherches, un processus où les antennes diplomatiques québécoises de Washington et de Londres ont mis la main à la pâte, Davie arrête son choix sur le sud du Texas, en bordure du golfe du Mexique. Elle s’est entendue avec Gulf Copper & Manufacturing pour racheter ses actifs à Galveston et à Port Arthur d’ici la fin de l’été.

« L’annonce représente une étape importante pour la construction navale québécoise, affirme le chef de communications de Davie, Paul Barrett, dans une déclaration à La Presse. L’expertise de Davie en matière de construction navale serait encore plus présente dans le monde entier. »
Dans l’immédiat, l’entreprise de Lévis mettrait la main sur des activités rentables, spécialisées dans la maintenance et la réparation de navires. Mais elle veut aller plus loin : injecter jusqu’à 1 milliard dans le chantier pour le moderniser afin d’y construire des brise-glaces – essentiels à la bonne navigation dans les eaux arctiques.
À Québec, le gouvernement Legault voit d’un bon œil les ambitions du constructeur de Lévis dans le contexte géopolitique actuel.
On est donc ouvert à financer une acquisition à l’étranger puisqu’elle pourrait ultimement accroître la présence de brise-glaces nord-américains dans l’Arctique, lorgné par la Russie et la Chine.
De nouveaux contrats pour le chantier maritime Davie pourraient aussi signifier de nouvelles occasions d’affaires pour ses fournisseurs québécois.
Manne à portée de main ?
Avant de délier les cordons de la bourse aux États-Unis, Davie devra s’assurer d’avoir des contrats en poche, ce qui n’est pas chose faite. Cela pourrait changer rapidement, pour plusieurs raisons.
Le Canada, les États-Unis et la Finlande ont déjà annoncé un Pacte de collaboration sur les brise-glaces à l’été 2024, une offensive visant à faire contrepoids à la Russie et à la Chine, particulièrement dans l’Arctique. On s’attend à ce que plusieurs dizaines de brise-glaces soient construits dans le monde occidental au cours des prochaines années.
« Davie deviendrait le seul constructeur naval d’envergure à avoir des activités dans les trois pays membres », souligne M. Barrett.
Reste à voir si cette entente sera remise en question par l’administration Trump.
Néanmoins, le 47e locataire de la Maison-Blanche a déjà exprimé le souhait de redonner du lustre à la flotte américaine de brise-glaces, ce qui est de bon augure pour les ambitions de la Davie et son partenaire américain – où un virage pourrait se matérialiser.
Il y a un coup de barre à donner au sud de la frontière. L’an dernier, la marine américaine reconnaissait que ses grands programmes – construction de sous-marins, de porte-avions et d’autres navires spécialisés – accumulaient des retards. Dans certains cas, les délais s’étiraient sur plus de 36 mois, selon diverses publications américaines spécialisées dans l’industrie de la défense.
Selon le groupe de réflexion Center for Strategic and International Studies, établi à Washington, les États-Unis ne représentaient que 0,1 % de la production navale dans le monde en 2024, comparativement à 53 % pour la Chine.
« On est désespérés aux États-Unis pour trouver de la capacité, affirme Richard Shimooka, chercheur à l’Institut canadien Macdonald-Laurier et qui se spécialise notamment dans les dossiers en matière de défense. C’est logique pour la Davie de s’intéresser à ce marché. »
Selon l’expert, cela permet au constructeur de montrer qu’il effectue du travail en territoire américain, même si plusieurs de ses fournisseurs sont établis au Canada.
« Comme entreprise, on devient moins une cible pour une forme de représailles s’il doit y en avoir », dit M. Shimooka.
Gros sous en jeu
Un nouvel appui financier du gouvernement Legault ferait gonfler l’enveloppe de 630 millions déjà mise à la disposition de la Davie.
Plus d’un demi-milliard ont déjà été offerts pour aider le constructeur à donner une cure de rajeunissement à ses installations de Lévis, qui font maintenant partie de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN), ce qui se traduira par la construction de six brise-glaces pour la Garde côtière canadienne.
Québec avait aussi mis 110 millions – un investissement de 43 millions et un prêt de 67 millions – pour aider Davie à finaliser l’acquisition de Helsinki Shipyard Oy (HSO) en 2023. Situé dans la capitale finlandaise, ce chantier maritime a bâti à lui seul 60 % de la flotte mondiale de brise-glaces.
L’arrivée du constructeur de Lévis avait sorti HSO d’une impasse. Autrefois propriété d’industriels russes, ce chantier naval avait vu les portes de son principal marché, la Russie, se fermer dans la foulée des sanctions imposées à Moscou après son offensive armée en Ukraine.
Le chantier maritime Davie en bref :
Fondé en 1825
Propriété d’Inocea depuis 2012
850 employés à Lévis
Plus de 700 navires livrés depuis sa création
Construit des navires spécialisés comme des brise-glaces, frégates de patrouille, traversiers, etc.
En savoir plus
- Nombre de cales de construction au chantier de Davie à Lévissource : chantier maritime davie3Nombre de créneaux de construction de Davie : défense et gouvernement, navires de passagers et commerciauxsource : chantier maritime davie
Article de Julien Arsenault et Tommy Chouinard, La Presse, Achat de chantiers navals aux États-Unis | Davie veut faire monter Québec à bord | La Presse