Trois-Pistoles a bercé mon enfance maritime. J’entends encore le clapotis des vagues annonçant l’arrivée des goélettes, ces silhouettes élégantes venant se charger de « pitounes ». Je me revois sur la Jean-Yvan, fier et patiente, filer vers Port-Alfred, porteur de sa précieuse cargaison ligneuse. Ces souvenirs, incrustés dans mon cœur, m’ont révélé que notre fleuve n’est pas seulement un paysage : il est une artère vivante qui irrigue notre économie et notre mémoire collective.
Le Saint-Laurent est cette « route qui marche », un chemin d’eau millénaire reliant les Grands Lacs à l’océan Atlantique. Il a vu passer canots d’écorce, goélettes, clippers majestueux comme la North Star du 19ième siècle et aujourd’hui des géants d’acier guidés par le souffle du commerce mondial. Il ouvre le Québec au monde, et le monde au Québec.
Sur ses rives, cinq phares modernes jalonnent son parcours : Montréal, Québec, Saguenay, Sept-Îles et Trois-Rivières. Ce sont nos cinq administrations portuaires, autonomes et indépendantes du gouvernement fédéral. Elles tracent leur propre sillage financier, générant les revenus qui entretiennent leurs quais, draguent leurs chenaux et planifient l’avenir. Leurs conseils d’administration, formés par les usagers et les trois paliers de gouvernement, fixent les orientations, établissent les droits, et accueillent les opérateurs privés qui animent les quais.
Ces ports ne sont pas de simples zones industrielles : ils sont des points d’ancrage de la logistique mondiale, des foyers d’emplois, et des partenaires engagés dans le développement durable. Leur rôle va au-delà du commerce : ils tissent des liens avec les villes, permettant aux citoyens d’accéder au fleuve, de se l’approprier, et d’y trouver beauté et inspiration.
Du souffle d’Éole aux moteurs puissants d’aujourd’hui, le Saint-Laurent continue de porter les rêves et les besoins de notre société. Et les ports, comme des gardiens vigilants, veillent à ce que cette voie d’eau demeure notre trait d’union avec le monde. Fierté maritime, force économique, mémoire vivante : voilà l’héritage que nous confient nos administrations portuaires.
