Québec, cité de fleuves et de marées, n’a jamais cessé d’écrire son histoire au rythme des voiles et des chantiers navals. Parmi ses héritages les plus singuliers, quarante-deux maquettes sculptées dans l’ivoire de morse et de narval par Edmond Lecouvie, ancien marin, entre 1921 et 1945. Ces bateaux miniatures, transmis et sauvegardés au fil du temps par mon père Stanislas Déry puis par moi-même, sont devenus bien plus que des objets : ils sont mémoire incarnée, récits condensés, passerelles entre générations.
Aujourd’hui, une nouvelle page s’ajoute à cette histoire. Lucile Berthelot, une étudiante de l’Université Laval a choisi de consacrer son doctorat à cette collection. Par son regard, ces embarcations sculptées deviennent laboratoire vivant. Elle s’interroge : comment un patrimoine peut-il résonner avec notre époque ? Comment ces navires d’ivoire arctique canadien, héritage du passé, peuvent-ils devenir plateformes de dialogue entre générations et cultures, tout en éclairant les enjeux sociaux et écologiques de notre temps ?
Soutenue par une approche novatrice, sa recherche mobilise les notions de résonance, de sémiophore et de mémoire multidirectionnelle. Elle explore comment les maquettes Lecouvie-Déry éveillent les émotions, nourrissent la réflexion et suscitent un sentiment d’appartenance. Devant elles, le visiteur n’est pas simple spectateur : il devient acteur d’une mémoire collective qui se réinvente.
Pour moi, qui ai eu le privilège d’en assurer la conservation depuis quatre décennies, cette nouvelle étape est une source de grande fierté. La collection trouve ainsi une nouvelle vie, portée par l’audace et la rigueur d’une jeune chercheuse qui, à travers le patrimoine, cherche à tracer des voies vers des avenirs plus inclusifs, plus sensibles, profondément humains.
Ces bateaux miniatures, sculptés dans l’ivoire arctique, deviennent ainsi des navires de savoir et d’avenir. Ils voguent désormais sur les mers de la recherche, guidés par l’Université Laval et par la passion d’une doctorante qui, à sa manière, prolonge l’œuvre d’Edmond Lecouvie : inscrire la mémoire dans la matière pour mieux éclairer le présent et inspirer demain.
Plus qu’une collection, les maquettes Lecouvie-Déry s’affirment comme un symbole de fierté québécoise, un jalon de notre histoire et un miroir de notre identité maritime collective. Elles nous rappellent que ce patrimoine vivant nous appartient à tous et qu’il nous revient de le protéger, de le faire rayonner et de le transmettre, afin qu’il continue d’inspirer les générations à venir et de nourrir l’âme culturelle du Québec.
