1967 évoque le centenaire du Canada et l’effervescence d’Expo 67. 1967 réveille en moi un souvenir plus intime : l’arrivée au Port de Québec d’un nouveau brise-glace, le J.E. Bernier. Mon père me disait admiratif : « Joseph-Elzéar Bernier, le plus grand capitaine canadien. »
Né à L’Ilet-sur-Mer, Bernier devient capitaine à 17 ans. En quinze ans, il effectue près de 250 traversées transatlantiques. Mais son destin ne se limite pas aux routes commerciales : Attiré par le Nord, par ces territoires que plusieurs convoitent et que peu osent parcourir. Les Américains manifestent alors un intérêt croissant pour ces territoires, Bernier comprend qu’un territoire ne se possède pas seulement par décret : il se navigue, il se parcourt, il s’affirme.
Le 1er juillet 1909, sur l’île Melville, il dépose une plaque proclamant la souveraineté du Canada sur les îles de l’Arctique. Geste symbolique, certes, mais geste fondateur. Le Royaume-Uni avait cédé ces territoires au Canada en 1880. Mais fallait-il leur donner une présence concrète. Il l’a fait avec courage et détermination.
Les Inuits le surnommaient affectueusement Kapitaikallak. Derrière ce sobriquet tendre se trouvait un homme de vision, qui a tracé un chenal pour toute une génération de navigateurs.
Cette maquette de la North Star sculptée dans une matière venue elle-même de ces territoires arctiques fut envoyée en 1850 à la recherche des survivants de Sir John Franklin, rappelant les grandes tragédies de l’exploration polaire ouvrant des routes incertaines dans un monde de silence et de froid.
Le contexte dans lequel Bernier s’inscrit est celui d’un Nord convoité, redouté, exploré et la continuité de notre histoire maritime. Alors que l’hiver recouvre le Saint-Laurent de son manteau blanc, d’autres capitaines poursuivent ce sillage. À bord des navires de nos grandes entreprises maritimes, ils naviguent avec rigueur et prudence, assurant l’approvisionnement de nos communautés, le commerce international, la vitalité économique. Leur travail est discret, mais essentiel.
Nos ancêtres sont arrivés par bateau. Notre identité s’est forgée sur les rives du fleuve. Et notre prospérité continue de circuler sur ses eaux, même lorsqu’elles sont prises par les glaces. En ces jours d’hiver, souvenons-nous que sous cette surface immobile coule une histoire faite de courage, de vision et de responsabilité. L’Arctique canadien n’est pas qu’un territoire lointain ; il est le fruit d’un engagement maritime assumé.
Rendons hommage à ces capitaines d’hier et d’aujourd’hui. Tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour tenir la barre dans le brouillard, la tempête ou les glaces, le sillage de Joseph-Elzéar Bernier continuera de tracer l’avenir maritime du Canada.
