On parle souvent des navires. Trop rarement de celles et ceux qui les font avancer.
J’ai obtenu mon premier emploi à… six ans. J’étais matelot à bord du yacht de mon père. Très tôt, il m’apprenait à installer les défenses, faire des nœuds marins, participer aux manœuvres, gouverner en ligne droite. Il m’initiait à la lecture des cartes et même à la navigation « à l’estime », en observant la couleur de l’eau et la forme des nuages. J’étais fier de faire partie de son équipage.
Et j’ai compris une chose essentielle : un navire n’avance jamais seul. Il avance grâce à la compétence, la rigueur et la solidarité de celles et ceux qui le servent. Un équipage, c’est une communauté de professionnels, capitaine, officiers, timoniers, matelots, mécaniciens, cuisiniers, chacun assumant un rôle clé pour la sécurité du navire et la réussite de la mission.
Autrefois appris à la dure, le métier de marin exigeait courage, vigilance et humilité face à la mer. La maquette d’un vaisseau amiral en ivoire arctique canadien, avec la finesse de son gréement et la noblesse de ses lignes, témoigne encore aujourd’hui de cette époque où naviguer relevait à la fois de l’art et de l’engagement total.
Aujourd’hui, les marins formés notamment à l’Institut maritime du Québec comptent parmi les mieux préparés au monde. Mais au-delà des compétences, il faut toujours répondre à l’appel de la mer. Et cet appel demande du courage.
On en a une démonstration bien réelle avec les équipages de deux navires du transporteur québécois Desgagnés, immobilisés dans le golfe Persique depuis le 28 février alors que les tensions paralysent la navigation dans le détroit d’Ormuz.
À bord, une trentaine de marins et d’officiers provenant de l’international, dont trois stagiaires de l’IMQ. Malgré l’incertitude, ils tiennent le cap avec courage et professionnalisme. Les communications sont maintenues, grâce au soutien constant et indéfectible de leur entreprise. Desgagnés, en collaboration avec l’IMQ, a efficacement mis en œuvre un plan de rapatriement pour les trois stagiaires et annonçait le 20 mars leur retour au Québec.
Je tiens à leur rendre hommage.
À ces jeunes qui choisissent une vie trépidante certes, mais exigeante, guidée par l’horizon. À ces femmes et ces hommes qui, souvent dans l’ombre, assurent le transport des marchandises essentielles à nos sociétés. Ils relient les continents. Ils soutiennent nos économies. Et ils le font avec une empreinte environnementale parmi les plus faibles. Mais surtout… ils tiennent la mer.
Et sur notre Saint-Laurent, chaque navire qui passe nous rappelle ceci :
Derrière chaque traversée, il y a des visages, des familles, et des cœurs fidèles à la mer qui veillent, pour que le monde continue d’avancer.
