Mon père possédait une vaste collection de livres consacrés à la navigation, au monde maritime dans toute sa profondeur. Très jeune, je passais des heures à feuilleter ces ouvrages, fasciné par ces récits qui nous transportent dans le temps et nous relient aux grandes traversées de l’humanité.
Je me souviens encore d’une réflexion tirée du livre Histoire de la marine (Éditions de l’Illustration, Paris, 1939) : « L’homme et la mer: une loi domine l’histoire. Une loi qui jamais, nulle part, n’a souffert la moindre exception. Une loi qui, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, a décidé de manière décisive de la joie ou de la peine, de la vie ou de la mort des nations. Une loi qui se résume en ces termes: Tout peuple maître de la mer a connu la prospérité. Tout peuple qui en a perdu la maîtrise a perdu du même coup sa richesse et sa liberté. Ainsi, l’humanité est soumise à la mer. »
En 1806, le blocus continental de Napoléon Bonaparte bouleverse les échanges commerciaux en Europe. Privée de ses sources traditionnelles de bois dans la région de la Baltique, l’Angleterre se tourne vers ses colonies nord-américaines, notamment le Canada, pour s’approvisionner. Soutenue par des tarifs préférentiels instaurés par Londres, cette réorientation provoque une expansion fulgurante du commerce du bois qui devient la principale ressource exportée. Dès 1810, il représente à lui seul les trois quarts de la valeur des exportations canadiennes.
Ce basculement redessine le destin du port de Québec. Entre 1812 et 1842, les exportations de bois y passent d’environ 25 000 à plus de 300 000 tonnes. Québec s’impose alors comme un carrefour stratégique du commerce transatlantique, un haut lieu de construction navale, parmi les ports les plus réputés au monde.
Ce vaisseau anglais, façonné en ivoire arctique canadien, traduit avec délicatesse la puissance de la flotte anglaise construite à partir du bois de nos forêts.
Aujourd’hui, de grands pins blancs trônant sur les falaises de Sillery, nous rappellent cette époque. Et le port de Québec poursuit cette tradition. L’un des grands piliers économiques du pays soutenant des milliers de travailleurs, faisant rayonner au-delà de ses quais une richesse pour l’ensemble de notre société.
Ouvert sur le monde, il relie le Québec à une multitude de nations et alimente des secteurs essentiels de notre économie. Mais surtout, il demeure une véritable artère du Saint-Laurent, un lieu où transitent non seulement des marchandises, mais une part de notre prospérité collective en mémoire de nos origines maritimes. Ainsi, bien loin des livres de mon enfance, cette « loi de la mer » prenait vie… ici même, sur les rives du Saint-Laurent, car nous sommes un peuple né du fleuve… et façonné par la mer.
