Ça bouge à Baie-Comeau

Les ports jouent un rôle essentiel dans l’activité économique québécoise et l’expansion de celui de Montréal à Contrecœur est un bel exemple de la vitalité de cet actif stratégique. À l’autre bout du Saint-Laurent, le Port de Baie-Comeau tente lui aussi de se placer au cœur de la relance industrielle de cette région-ressource qui a subi son lot de revers au cours de la dernière décennie.

Dix mois après la vente de l’ancienne usine de papier journal de Baie-Comeau, la transformation du site industriel – localisé en plein centre-ville – est bien amorcée.

La création d’un hub industriel multimodal en collaboration avec le Port de Baie-Comeau suscite notamment l’intérêt de projets de la filière de l’énergie verte.

Près de cinq ans après sa fermeture, en mars 2020, l’immense site de la société papetière Résolu a été racheté par le groupe ontarien BMI, spécialisé dans la revitalisation de bâtiments industriels en fin de vie. En Ontario, Norderra a transformé deux vieilles usines de pâtes et papiers en sites industriels qui abritent des projets de développement propres.

BMI a créé une nouvelle division québécoise baptisée Norderra qui a pris en charge les installations de près de 800 000 pieds carrés et le site qui totalise 17 millions de pieds carrés. Norderra s’active présentement à démonter les anciennes machines à papier, à recycler l’acier et à décontaminer le site. Le nouveau hub accueillera des start-up tout comme de plus grands groupes industriels.

« On est le partenaire stratégique de Norderra. Le site de l’ancienne usine à papiers est à 1 km des installations portuaires de Baie-Comeau, où on a créé la zone des énergies dans laquelle on veut développer des projets de la filière des énergies vertes », m’explique Karine Otis, présidente du Port de Baie-Comeau.

Le Port de Baie-Comeau a signé une entente en 2022 avec le Port de Rotterdam, le plus important port d’Europe, dans le but de créer des corridors d’énergies vertes et de décarboner le transport maritime, très grand consommateur d’énergies fossiles.

Les transporteurs européens veulent favoriser les énergies de transition telles que l’hydrogène vert – dont les besoins pourraient totaliser 20 millions de tonnes par année – et le gaz naturel liquéfié (GNL) décarboné.

Le Port de Baie-Comeau souhaite donc jouer un rôle de premier plan dans le développement de cette filière et déjà, l’entreprise norvégienne Marinvest Energy a mis sur pied une division canadienne qui voudrait exploiter une usine de gaz naturel liquéfié décarboné en vue d’en exporter la production vers l’Europe.

« Les réserves de GNL s’épuisent en Norvège, et l’Europe veut s’affranchir du gaz russe. On suit de près ce projet-là, mais il va falloir que le gaz naturel soit d’abord acheminé vers Baie-Comeau. Le GNL décarboné pourrait aussi servir à la fabrication d’hydrogène vert », m’explique Karine Otis, qui était récemment de passage à Montréal dans le cadre de la Table ronde des leaders du Saint-Laurent et des Grands Lacs.

Les représentants de Marinvest Energy Canada s’activent présentement à consulter les communautés autochtones qui vivent sur le territoire où passerait un éventuel gazoduc souterrain venant du nord. L’entreprise norvégienne souhaite en faire des partenaires dans le projet.

Une diversification post-forêt

Outre le projet de production et d’exportation de GNL décarboné de Marinvest Energy Canada, le nouveau hub industriel multimodal de Baie-Comeau pourrait accueillir l’usine de fabrication de matériaux d’anode pour batteries que souhaite implanter l’entreprise Northern Graphite.

Northern Graphite exploite la mine de graphite de Lac-des-Îles, près de Mont-Laurier, et s’est associée à Norderra pour installer son usine de matériaux d’anode dans le nouveau hub industriel, à proximité du port de Baie-Comeau.

Outre le GNL décarboné, le Port de Baie-Comeau veut faire de l’entreposage de méthanol et d’ammoniac dans ses installations.

Un premier jalon en vue de cette nouvelle activité a été posé avec l’implantation prochaine de l’entreprise allemande Hy2Gen dans le parc industriel de Baie-Comeau qui va construire une usine de production d’ammoniac vert pour fabriquer du nitrate d’ammonium.

Hydro-Québec a accordé un bloc de 300 mégawatts pour la réalisation de ce projet d’usine d’ammoniac vert au coût de 2 milliards de dollars dont la construction devrait démarrer en 2027.

Le nitrate d’ammonium sert à la fabrication d’explosifs qu’utilisent notamment les sociétés minières ArcelorMittal et Minerai de Fer Québec sur la Côte-Nord et au Labrador, mais qui va servir à tous les acteurs de l’industrie.

« L’industrie minière veut décarboner son empreinte en utilisant du nitrate d’ammonium produit à partir d’énergie renouvelable plutôt que celui qui est importé des États-Unis et qui est produit avec de l’énergie fossile », m’explique Marcel Furlong, préfet sortant de la MRC de Manicouagan.

Marcel Furlong s’occupe depuis toujours du développement économique de la MRC, ayant participé notamment au comité de relance de la papetière de Baie-Comeau.

Il aurait préféré que l’ancienne usine de papier journal soit transformée en usine de pâte thermomécanique qui sert à la fabrication de papier tissu. L’usine de Baie-Comeau a longtemps été au cœur de toute l’industrie forestière de la région, en absorbant les copeaux des scieries avoisinantes, mais aucun repreneur ne s’est manifesté.

Heureusement, cinq ans après la fermeture de l’usine de papier journal, la diversification industrielle est maintenant bien enclenchée dans la région.

L’implantation prochaine de Hy2Gen, la construction d’une usine de fabrication de matériaux d’anode pour batteries et le projet plus incertain d’une usine de transformation de gaz naturel en GNL décarboné sont porteurs d’optimisme pour la Côte-Nord.

Article de Jean-Philippe Décarie, La Presse, Relance industrielle | Ça bouge à Baie-Comeau | La Presse

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.

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