Le chantier maritime Davie fait pression sur Ottawa afin d’amorcer plus rapidement la construction du brise-glace polaire qui lui a été promis dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale (SNCN). Alors que l’entreprise veut envoyer une partie de la production en Finlande, le fédéral exige des garanties pour Lévis.
Lancée en 2010 sous Stephen Harper, la SNCN a pour objectif de redorer le blason de la filière navale canadienne. Elle vise à remettre en état nos chantiers navals, à rebâtir notre industrie maritime et à créer des emplois durables au Canada
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Laissé de côté pendant plus d’une décennie, le chantier Davie s’est finalement qualifié en avril 2023, rejoignant ainsi ses concurrents Irving (Halifax) et Seaspan (Vancouver).
En retour d’une mise à niveau des installations par l’entreprise pour satisfaire les exigences fédérales, Ottawa a promis d’accorder les contrats de construction d’un imposant brise-glace de classe polaire, de six brise-glaces de taille moyenne et de deux traversiers de Transports Canada.AILLEURS SUR INFO : Le comédien Jeff Boudreault candidat pour le Bloc québécois dans Brome-Missisquoi
La cagnotte était estimée à près de 10 milliards $ il y a deux ans.
Davie a depuis lors reçu des contrats de conception préliminaire pour les sept brise-glaces, mais rien pour la construction.

La flotte de brise-glaces du Canada est vieillissante et doit être remplacée grâce à la Stratégie nationale de construction navale. (Photo d’archives).
Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière
Davie veut intégrer la Finlande
La direction de Davie s’impatiente et fait pression sur Ottawa, plaidant qu’elle a la capacité de lancer les travaux dès maintenant afin d’accélérer la livraison du brise-glace polaire.
Depuis son intégration à la stratégie navale fédérale, Davie a acquis le chantier Helsinki Shipyards Oy (HSO), lequel doit aussi être alimenté par de nouveaux contrats.
Le chantier finlandais est reconnu pour son expertise dans la construction de brise-glaces à la fine pointe de la technologie. Il détient notamment la plateforme PolarMax, vantée comme une des plus avancées au monde pour la classe polaire, capable de naviguer en Arctique durant toute l’année.
Le chantier Davie est le plus imposant au Canada mais doit être modernisé afin de répondre aux exigences de la Stratégie nationale de construction navale du Canada. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Marc Godbout
Selon nos informations, obtenues de diverses sources au fait de ce dossier, Davie veut amorcer la construction du brise-glace polaire fédéral simultanément à Lévis et en Finlande. L’entreprise veut ainsi gagner du temps et livrer le navire avant 2030.
Invité à commenter ses intentions, Davie a refusé de préciser quelle part irait à Helsinki et quelle part irait à Lévis. La seule intention de Davie est de devancer de plusieurs années la création de milliers d’emplois spécialisés à Lévis, à travers le Québec et au sein de sa chaîne d’approvisionnement canadienne
, a affirmé Marcel Poulin, directeur des affaires externes et de la participation industrielle chez Davie.
M. Poulin assure qu’il veut maximiser les emplois dans la région de Québec. Notre objectif est de livrer, de Lévis, un brise-glace polaire dont le Canada a urgemment besoin, au moins 10 ans plus tôt que prévu, tout en maximisant la création d’emplois à Lévis.
L’alternative serait de connaître plusieurs années d’emplois sous-optimaux et de périodes d’inactivité avec nos équipes et nos ressources à Lévis pratiquement inutilisées.Une citation deMarcel Poulin, directeur des affaires externes et de la participation industrielle, Davie
Maintenir les emplois à Lévis
Dans un contexte géopolitique où la souveraineté du Canada dans l’Arctique paraît indispensable, Ottawa n’est pas contre l’idée d’aller plus vite, a fait savoir une source à Radio-Canada. le gouvernement fédéral veut toutefois respecter les conditions de la stratégie navale, qui vise la création d’emplois en sol canadien comme priorité.
La priorité du gouvernement fédéral est d’obtenir des garanties qu’un maximum de retombées économiques soient au Québec et au Canada
, a indiqué cette source qui a requis l’anonymat, n’étant pas autorisée à discuter des négociations en cours.
Ces garanties toucheraient par exemple les heures travaillées et la valeur financière du contrat fédéral qui iraient à chacun des chantiers impliqués dans la construction du brise-glace polaire.
Toujours selon nos informations, Ottawa serait d’accord avec l’idée d’utiliser la plateforme PolarMax d’origine finlandaise.
La construction d’un brise-glace polaire pour le fédéral créerait environ 300 emplois sur le chantier naval et plus de 1200 emplois dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement maritime.
Source : Services publics et Approvisionnement Canada
Pression de François Legault
Partenaire d’affaires de Davie, le gouvernement du Québec fait aussi pression sur le fédéral. Cette semaine, le premier ministre François Legault s’est fait le porte-parole du chantier naval en demandant à Ottawa d’accélérer ses commandes de brise-glaces polaires.
Il a alors vanté l’acquisition de la plateforme PolarMax et la participation du Québec dans cette transaction. Investissements Québec a en effet injecté 43 millions $ en capitaux dans Helsinki Shipyard Oy lors de l’acquisition par Davie, en plus de fournir un prêt pardonnable de 67 millions $.
Cette semaine, François Legault s’est fait le porte-parole du chantier naval Davie en demandant à Ottawa d’accélérer ses commandes de brise-glaces polaires.
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Si le chantier finlandais avait des contrats et prenait de la valeur, le gouvernement du Québec en sortirait gagnant lui aussi.
Grâce à l’investissement du gouvernement du Québec, le Chantier Davie, en partenariat avec HSO, dispose désormais de capacités supplémentaires et pourrait construire plusieurs brise-glace polaires
, indique pour sa part le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie.
À savoir si Davie peut construire plusieurs brise-glaces polaires avant la fin de la décennie
, tel que le prétend le premier ministre Legault, Davie a refusé de se prononcer, tout comme le fédéral.
Outre les 110 millions $ pour acheter Helsinki Shipyard Oy, Québec a aussi promis 519 millions $ pour la modernisation du chantier à Lévis.
Avec la collaboration de Jérémie Camirand
Article David Rémillard, Ici Québec, Brise-glaces : Davie veut intégrer Helsinki, Ottawa veut des garanties pour Lévis | Radio-Canada