La Ville de Gaspé pourrait-elle devenir le prochain port d’attache de la Marine royale canadienne ? Alors que la Défense nationale peine à recruter, notamment des francophones, l’Est-du-Québec ou le Nouveau-Brunswick pourraient être des lieux stratégiques pour renforcer la présence navale et attirer une nouvelle génération de recrues.
Des villes comme Rimouski, Baie-Comeau et le Nouveau-Brunswick ont été citées par le plus haut gradé de la Marine royale canadienne lors d’une entrevue avec Le Devoir. Mais le maire Daniel Côté a levé la main afin que les instances puissent examiner le potentiel de sa Ville.
« L’important, présentement, alors qu’il y a des annonces qui s’en viennent, c’était de lever la main pour dire : nous, on existe », lâche l’élu. « On est protégé à l’intérieur de la baie de Gaspé, donc un abri naturel, un port en eau profonde, qui est déglacé de façon naturelle toute l’année, en plus de l’embouchure du fleuve Saint-Laurent pour aller dans le golfe du Saint-Laurent », énumère-t-il.
L’élu a aussi eu des échanges informels avec un haut gradé de la Défense nationale avant la période des fêtes.
« Petite discussion de base, où nous avions mentionné notre présence, et eux aussi étaient conscients que Gaspé existait dans le décor. »
Selon Frédéric Lamarre, qui est professeur au Collège militaire royal du Canada, une région touristique comme la nôtre pourrait nuire à une éventuelle candidature de la Ville.
« À mon avis, je pense qu’il y aurait beaucoup d’opposition à l’idée d’avoir une base navale là où se trouve un parc national. Il y aurait aussi l’idée qu’un grand nombre de touristes pourraient voir nos bateaux passer. »
Une base navale dans l’Est de la province offrirait aux francophones l’occasion de s’enrôler, de se former comme marins et de renforcer leur lien avec l’Armée canadienne.
À peine 14 % des équipages s’identifient comme francophones, comparativement à 23 % pour l’ensemble des Forces armées canadiennes.
« C’est évident que lorsque vous voyez l’équipements en action, c’est beaucoup plus attirant », souligne M. Lamarre.
« Cela offrira une présence plus forte et une garantie aux francophones que, tout au long de leur carrière, ils auront la possibilité, par exemple, de passer du temps au Québec, d’élever leurs enfants dans un environnement francophone, et ainsi de suite », soutient Christian Leuprecht, professeur titulaire au Collège militaire royal du Canada.
La nouvelle base, près du golfe du Saint-Laurent, répondrait également à des besoins liés à la sécurité de l’Arctique et à d’éventuelles menaces russes ou chinoises.
« L’embouchure du Saint-Laurent est extrêmement stratégique », indique Daniel Côté.
Et cela, sans compter les retombées économiques que cela engendrerait.
« Si une flotte militaire arrive, certes l’armée est habituellement autonome, mais nous avons quand même différents contrats de sous-traitance pour certaines tâches. Presque tous les sous-traitants chargés de réparer et d’entretenir les bateaux se trouvent dans le Grand Gaspé », rappelle M.Côté, en faisant référence au Chantier naval Forillon.
Des annonces d’Ottawa sont attendues dans les prochaines semaines.
Article de Patrick Giguère, TVA nouvelles, https://cimtchau.ca/nouvelles/base-navale-francophone-gaspe-veut-etre-dans-la-mire-de-la-defense-nationale/