Des questions constitutionnelles expliquent la différence entre les subventions fédérales accordées aux traversiers des provinces de l’Atlantique et à ceux de la Colombie-Britannique, selon l’Association canadienne des traversiers.
Ce dossier revient régulièrement à l’ordre du jour, mais il a ressurgi en raison de la récente décision de la société privée BC Ferries d’octroyer un contrat pour la construction de quatre traversiers à un chantier naval chinois.
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, déplore notamment le fait que les règles fédérales s’appliquent différemment à sa province et aux provinces de l’Atlantique.
Il y voit une disparité importante en matière de financement.AILLEURS SUR INFO : Jusqu’à 93 mm de pluie sont tombés dans Chaudière-Appalaches
Bien que la société Marine Atlantique ait reçu 192 millions de dollars du fédéral l’an dernier pour le transport de 367 786 passagers, BC Ferries a reçu 35,6 millions de dollars alors qu’il a transporté 22,7 millions de personnes.
BC Ferries reçoit donc 1,50 $ par passager, comparativement à 522 $ par passager pour Marine Atlantique.
Autre preuve de disparité? Ottawa a commandé à CMI Weihei Shipyards un traversier pour Marine Atlantique, soit le même chantier retenu par BC Ferries, sans avoir causé de vagues.
« Un traversier a été construit dans le même chantier naval chinois que celui où les traversiers de BC Ferries seront fabriqués. Et leur traversier a été payé en totalité, tandis que la côte ouest n’a droit qu’à un prêt », déplore David Eby, en mentionnant les 1 milliard de dollars de la Banque de l’infrastructure du Canada.
Cette décision a fait réagir jusqu’à Ottawa, où un comité parlementaire se penche sur l’approvisionnement de ces navires auprès d’une compagnie publique chinoise. Le Parti conservateur du Canada a critiqué le fait que des emplois échappent à la province au profit de ce pays.
Une raison historique
Les quatre provinces de l’Atlantique, soit le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador, bénéficient d’une entente constitutionnelle qui leur promet d’être reliées entre elles par un décret d’adhésion à l’Union.
À l’époque, Ottawa avait promis de financer les traversiers interprovinciaux.
En revanche, quand la Colombie-Britannique a rejoint le Canada en 1871, la province a obtenu la promesse que le gouvernement fédéral allait prolonger le chemin de fer jusqu’à Victoria et s’en occuper à perpétuité comme condition d’adhésion à la Confédération.
Cependant, il n’y a eu aucune promesse concernant le financement des navires pour relier les différentes îles de la Colombie-Britannique.
Une entente a été signée ultérieurement, en 1977, par le premier ministre de l’époque, Bill Bennett, pour financer BC Ferries, mais celle-ci n’a pas le même poids.
Or, entre 1871 et 2025, le chemin de fer est beaucoup moins utilisé que le traversier pour se déplacer.
Par ailleurs, la province est passée de 36 247 à 5,7 millions d’habitants, dont un bon nombre résident dans les îles.
Serge Buy, le PDG de l’Association canadienne des traversiers, pense que les plaintes de David Eby pour qu’Ottawa finance mieux les traversiers de la Colombie-Britannique omettent un fait historique.
Je comprends la frustration du premier ministre de la Colombie-Britannique et je lui suggère de regarder un petit peu dans l’histoire du Canada la façon dont le pays a été développé.Une citation deSerge Buy, PDG, Association canadienne des traversiers
« Le fédéral remplit ses obligations constitutionnelles, dit-il, en appuyant les opérations des traversiers dans ces provinces. »
Le service de traversiers dans l’Ouest est devenu essentiel pour les résidents de plusieurs îles Gulf, dans le détroit de Georgie, comme l’explique Garance Ducharme, qui habite sur l’île Salt Spring depuis 18 ans.
Pour les résidents des îles, le traversier est un mode de transport semblable à celui de l’autoroute pour se rendre en ville.Une citation deGarance Ducharme, résidente de l’île Salt Spring
Vivre dans les îles coûte beaucoup plus cher […] que ce soit pour l’épicerie ou l’essence. Si, en plus, on rajoute le prix du voyage pour accéder à des services essentiels, cela devient exorbitant
, raconte-t-elle.
Une responsabilité provinciale, croit un maire
Andrew Leonard, le maire de l’île Bowen, estime que cela ne tient pas la route de renvoyer la balle à Ottawa pour la question des services de traversiers.
S’il n’a pas d’opinion particulière sur l’approvisionnement des traversiers en Chine, il croit que la flotte de BC Ferries dépend de nouveaux navires.
La province doit investir immédiatement dans les traversiers pour que nous puissions voir des améliorations à court terme
, pour remédier aux problèmes d’accès aux traversiers des résidents de l’île Bowen, estime-t-il.
Par ailleurs, la province subventionne certains services de traversiers par le biais du ministère des Transports et du Transport en commun. Victoria possède une flotte de 14 traversiers dans l’intérieur de la province, qui sont gratuits. En 2024, 2 millions de passagers l’ont utilisée.
Nous demandons plus de financement fédéral pour les traversiers de la côte de la Colombie-Britannique avec pour objectif d’atteindre au moins la parité avec le type de soutien que reçoit […] Marine Atlantique
, affirme toutefois un porte-parole du Ministère.
Garance Ducharme souhaite elle aussi des changements rapides.
Si son fils, qui ira à l’Université de Victoria en septembre, ne trouve pas de logement, il devra faire l’aller-retour entre sa résidence de l’île Salt Spring et l’UVic.
« C’est notre moyen de transport principal en dehors de l’île. »
Article d’Anaïs Elboujdaïni, Radio-Canada, Le financement de certains traversiers remonte à la Constitution | Radio-Canada