Les Américains accapareront notre cargo maritime si Ottawa n’intervient pas

Les ports américains accapareront de plus en plus de cargos canadiens sur le Saint-Laurent et les Grands Lacs si Ottawa ne mandate pas à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) d’offrir du dédouanement de conteneurs dans sept autres ports canadiens.

C’est ce qu’ont expliqué en entrevue à Les Affaires Saul Polo, directeur général des Armateurs du Saint-Laurent (ASL), et Maguessa Morel-Laforce, directeur principal des affaires gouvernementales et des intervenants à la Chambre de commerce maritime (CCM).Les ASL représentent 13 armateurs qui transportent des marchandises et des passagers sur le Saint-Laurent ainsi que sur les Grands Lacs, l’Arctique et les provinces maritimes. La CCM regroupe plus de 130 intervenants dans l’industrie maritime, incluant des opérateurs de terminaux, des ports et des entreprises manufacturières.  

Pour limiter la mainmise croissante de ports américains sur le cargo destiné au Canada, les deux organismes affirment que l’ASFC doit étendre ses services de dédouanement de conteneurs à deux ports québécois et à cinq ports ontariens de taille moyenne:

  • Québec (QC)
  • Salaberry-de-Valleyfield (QC)
  • Hamilton (ON, lac Ontario)
  • Picton (ON, lac Ontario)
  • Port Colborne (ON, lac Érié)
  • Windsor (ON, lac Érié)
  • Goderich (ON, lac Huron)
Le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs comptent de nombreux ports. (Carte: Chambre de commerce maritime)

Cinq ports dédouanent des conteneurs au Canada

À l’heure actuelle, on peut dédouaner des conteneurs dans seulement cinq ports au Canada, soit à Halifax, Saint John (New-Brunswick), Montréal, Vancouver et à Prince Rupert, souligne Maguessa Morel-Laforce.

«Dans le passé, il y a eu des unités mobiles de l’Agence des services frontaliers qui était envoyée à Valleyfield, mais ce service a été suspendu en 2023», déplore-t-il, en précisant que ce petit port pouvait dédouaner environ 1200 conteneurs par année, ce qui soulageait le port de Montréal congestionné.

Saul Polo souligne les retombées économiques importantes que pourraient avoir les entreprises en région — en Ontario et au Québec — si elles ont accès à un plus grand nombre de ports de conteneurs, même s’ils sont de taille moyenne.

«Dans la grande région de Québec, c’est clair que le port de Québec permettrait de mieux desservir, par exemple, une région économique comme la Beauce», dit-il.

Il y a d’ailleurs un projet de terminal de conteneurs à Québec, soit celui de QSL, un opérateur de terminaux en Amérique du Nord. On parle de 200 000 conteneurs équivalent vingt pieds (EVP) dans le secteur Beauport du port de Québec. L’entreprise y exploite déjà des installations pour manutentionner du vrac.

Le cas échéant, il s’agirait du premier port de conteneurs en eau profonde sur le Saint-Laurent.Le port de Montréal (1,5 million EVP) n’est pas en eau profonde. Cette situation le désavantage par rapport aux grands ports de la côte est américaine, comme New York-New Jersey, qui attirent de plus en plus les gros porte-conteneurs au détriment du Saint-Laurent.

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Le port de Montréal fait partie des cinq ports au Canada où l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) dédouanent des conteneurs, avec Halifax, Saint John, Vancouver et Prince Rupert (Photo: Adobe Stock).

Selon les ASL et la CCM, la décision d’étendre les services de dédouanement de l’ASFC à ces sept ports de taille moyenne permettrait au Canada d’atteindre plusieurs objectifs en même temps.

Premièrement, elle limiterait la croissance des conteneurs destinés au marché canadien qui transitent par le Saint-Laurent, mais qui sont de plus en plus dédouanés dans des ports américains, en raison de l’engorgement au port de Montréal.

Deuxièmement, elle stimulerait l’économie régionale, en plus d’offrir une troisième option de transport — avec le camion et le train — pour les entreprises canadiennes qui veulent commercer d’une province à l’autre.

Troisièmement, elle permettrait de réduire les gaz à effet de serre (GES) au Canada, en plus de réduire les accidents de la route et l’usure des principales voies commerciales, comme les autoroutes 20 et 401, au Québec et en Ontario.  

Deux lettres envoyées mercredi à Mark Carney

Saul Polo et Maguessa Morel-Laforce nous ont accordé cette entrevue, alors que l’industrie maritime et des maires canadiens demandent à Ottawa de renforcer le mandat économique de l’Agence des services frontaliers du Canada.

Dans une lettre envoyée ce mercredi au premier ministre Mark Carney, une coalition d’intervenants de l’industrie maritime exhorte le fédéral de revoir le rôle l’ASFC «pour libérer le plein potentiel économique du Canada», alors que nous sommes en guerre commerciale avec les États-Unis et qu’il faut sécuriser davantage les chaînes d’approvisionnement.

«Pourtant, la capacité de dédouanement limitée et autres services dans les ports le long du fleuve Saint-Laurent, des Grands Lacs et d’autres régions mal desservies constituent des obstacles à la croissance et à la compétitivité», affirme la coalition.

Ce document vient appuyer une seconde lettre envoyée ce mercredi à Mark Carney, mais cette fois par l’Alliance des villes de Grands Lacs et du Saint-Laurent — la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et le maire de Québec, Bruno Marchand, font partie des signataires.

Comme l’industrie maritime, les maires de l’Alliance demandent qu’Ottawa renforce le mandat de l’ASFC «pour améliorer la capacité de conteneurs dans cette région économiquement stratégique qui relie le cœur de l’Amérique du Nord aux marchés mondiaux».

Mat Siscoe, maire de St. Catharines, en Ontario, souligne que la Voie maritime du Saint-Laurent fonctionne à seulement 50% de sa capacité.

Elle transporte donc environ 37 millions de tonnes de marchandises par saison, dont la grande majorité sont des marchandises en vrac et non des conteneurs.

En théorie, la pleine capacité avoisinerait donc 74 millions de tonnes.

Article de François Normand, Les Affaires, Les Américains accapareront notre cargo maritime si Ottawa n’intervient pas – Les Affaires

Marie-France Daoust

Marie-France Daoust is Director of Corporate Affairs at the Société de développement économique du Saint-Laurent (Sodes). With more than 15 years’ experience in entrepreneurship, 10 years in strategic management within the Quebec government and 5 years in public and government affairs, she stands out for her leadership and ability to bring people together. In her role, she is responsible for developing business growth strategy, forging strategic partnerships, and mobilizing maritime organizations around today’s major issues.

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