(Ottawa) La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean lève la main pour devenir rapidement la plaque tournante de l’exportation vers l’Europe des minéraux critiques du Québec et d’aussi loin que le Cercle de feu en Ontario. Ce projet, qui est sur la planche à dessin depuis quelques mois, pourrait se faire à un coût avantageux comparativement aux autres projets d’infrastructure d’intérêt national envisagés par le gouvernement Carney, plaident les promoteurs de ce « Corridor du Nord canadien ».
Un tel corridor permettrait de relier par voie ferrée le nord de l’Ontario jusqu’au port de Saguenay en passant par la région de l’Abitibi-Témiscamingue. Mais il manque un maillon : le tracé ferroviaire entre Lebel-sur-Quévillon et Chapais – un tracé de 160 kilomètres – doit être réhabilité afin de rétablir la connexion continue entre les réseaux ferroviaires du Québec et de l’Ontario.
À elle seule, la remise en service de cette liaison ferroviaire offrirait une voie rapide et moins coûteuse pour exporter les minéraux critiques, notamment le phosphate, le lithium, le cobalt, le graphite et les terres rares, vers les pays européens comme l’Allemagne, la Pologne, la France, la Belgique, entre autres.
Le port de Saguenay, un port en eau profonde qui dispose aussi de plus de 1200 hectares de terrains pour la grande industrie, est l’un des promoteurs de ce corridor. Ce projet est aussi appuyé par des communautés autochtones. S’il va de l’avant, la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean pourrait devenir un pôle industriel de transformation des ressources avant leur exportation.
« Ce projet est porteur et coche beaucoup de cases. Le gouvernement fédéral cherche à diversifier les marchés. Grâce à ce projet, il est possible de désenclaver les projets miniers du nord du Québec et aussi le Cercle de feu en Ontario. Cela donne accès à un port en eau profonde pour rejoindre les marchés européens », a expliqué le député du Bloc québécois de Jonquière, Mario Simard, qui multiplie les rencontres depuis des mois dans sa région, à Montréal et à Ottawa pour attacher les ficelles du projet.
Convaincu de la justesse et de la pertinence de ce projet, M. Simard compte demander au comité des ressources naturelles, dès la reprise des travaux parlementaires le 15 septembre, d’entreprendre sans tarder une étude sur le potentiel de ce corridor. Le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, ferait partie des témoins invités.
Deux facteurs importants
Le président-directeur général du Port de Saguenay, Carl Laberge, a pour sa part affirmé que le port de Saguenay pourrait devenir l’endroit tout désigné pour abriter une réserve de minéraux critiques en raison de sa position géographique et de sa proximité de la base militaire de Bagotville.
« Deux facteurs distinguent le port de n’importe quel autre projet. Il s’agit d’un port en eau profonde et nous avons de grands terrains industriels que nous sommes en train de développer conjointement avec le gouvernement du Québec, la Ville de Saguenay et le gouvernement fédéral. On doit commencer les travaux dès l’an prochain pour faire de l’aménagement industrialo-portuaire. Nous avons la capacité d’accueillir de gros navires. On a aussi des projets pour agrandir nos installations portuaires dès l’an prochain. On peut avoir des actions et des résultats rapides ici », a exposé M. Laberge dans une entrevue avec La Presse.
De passage à Berlin, la semaine dernière, dans le cadre d’une tournée européenne de quatre pays, le premier ministre Mark Carney a indiqué que l’expansion du port de Montréal à Contrecœur et la construction de nouvelles installations portuaires à Churchill, au Manitoba, feront partie de la liste des premiers projets d’infrastructures d’intérêt national qui obtiendront le feu vert du gouvernement fédéral d’ici deux semaines.

Ces deux projets sont jugés cruciaux afin de permettre au Canada d’augmenter ses capacités d’exportation vers l’Europe et de réduire la dépendance du pays face au marché américain. Ces projets s’inscrivent aussi dans le cadre des efforts de rapprochement entre le Canada et l’Europe déployés par le premier ministre Mark Carney depuis son arrivée au pouvoir.
Priorité de Doug Ford
De son côté, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a fait de l’exploitation minière du Cercle de feu – « l’atout de l’Ontario » face aux droits de douane des États-Unis – une priorité absolue de son gouvernement. Il a évoqué la possibilité d’exporter les minéraux par la baie d’Hudson.
Le ministre Tim Hodgson a aussi fait savoir que le port de Churchill pourrait être l’endroit stratégique pour exporter du gaz naturel liquéfié et d’autres ressources naturelles vers les pays européens. Il a ouvert la porte à l’utilisation de brise-glace pour permettre la navigation dans cette région 12 mois sur 12.
Or, selon le député Mario Simard, le projet du Corridor du Nord canadien est réalisable dans un délai nettement plus court et à moindre coût que l’option du port de Churchill. Et il presse le gouvernement Carney de l’inclure dans sa liste de projets d’intérêt national. D’autant que certains projets miniers sont en attente de démarrage parce que la question du transport vers les marchés européens demeure en suspens.
« Réquisitionner des brise-glace coûte très cher. Et il est plus difficile de faire de la transformation parce que l’accès à de la main-d’œuvre dans le Grand Nord, pour des entreprises, c’est difficile de mettre en place des usines qui peuvent faire de la valorisation, qui peuvent faire une première transformation. Mais si tu regardes les autres portes de sortie que sont les ports de Saguenay, Sept-Îles et Baie-Comeau, il est possible d’avoir de la main-d’œuvre et de l’énergie et de faire de la transformation », a-t-il énuméré.
Au printemps, Ottawa et les provinces se sont entendus pour construire un corridor national afin de faciliter le transport et l’exportation du pétrole, du gaz, des produits agricoles, de l’électricité et des minéraux critiques. Le but d’un tel corridor est de réduire la dépendance économique du Canada au marché américain tandis que le président des États-Unis, Donald Trump, multiplie les salves tarifaires.
Article de Joël-Denis Bellavance, La Presse, Exportations des minéraux critiques vers l’Europe | Le port de Saguenay veut devenir une plaque tournante | La Presse